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La vie extraordinaire d'une chanteuse normale.

LIZ CHERHAL - LE BLOG

J'avais un nom de naissance, j'ai maintenant un nom d'usage

J'avais un nom de naissance, j'ai maintenant un nom d'usage

Lorsque je suis arrivée ce matin-là dans la cuisine, j’ai tout de suite vu que quelque chose ne tournait pas rond.

Nous étions vendredi matin.

Le soir même, j’allais jouer la première du spectacle de danse Le Syndrome de Pénélope et comme ma journée de travail ne démarrait de fait qu’à 14h ce jour-là (pour se terminer à trois heures du matin, mais ça je l’ignorais encore), il était entendu par moi même que ma matinée serait une matinée d’oisiveté et d’étirements légers dans le but de ne pas trop me fatiguer afin d’arriver en pleine forme pour danser et chanter le soir.

J’avais donc comme projet de vie pour cette matinée, d’errer dans ma maison pas finie et de m’étirer dans la position du chien tête en bas ou de l’enfant tout en écoutant des podcasts sur l’investissement immobilier, ma nouvelle passion.

Cette perspective me réjouissait.

Quand je suis arrivée dans la cuisine ce matin-là, Morvan se tenait debout devant la fenêtre, une tasse de café à la main. Jusque là, rien d’anormal.

Mais ce qui n’était pas normal c’est qu’il n’était pas seul. Alors qu’il aurait du l’être.

Un vendredi matin.

Je fis donc une légère mise au point avec mes propres yeux pour essayer de voir lequel de nos enfants était là alors qu’il n’aurait pas du l’être.

Mais pour une fois, la personne présente dans la cuisine n’était absolument pas un de nos enfants désœuvré et abandonné par l’éducation nationale ( voir Episode : C'était la rentrée, mais moi, ça faisait déjà un moment que j'étais rentrée ) 

Non, ce matin-là, dans la cuisine, la personne présente, c’était Jérôme, mon technicien son et régisseur de tournée.

(pour ceux qui ne connaissent pas encore le personnage récurrent Jérôme, vous pouvez allez consulter l’épisode suivant : Mon plan à trois s'est transformé en plan à quatre ) 

Allons bon, que faisait Jérôme ici ? S’il était là, c’est qu’il y avait une raison !

Jérôme ne faisait jamais les choses sans raisons.

On avait peut être une réunion ? Ou du matériel qu’il devait récupérer chez nous? Ou un camion de tournée à aller chercher ?

Je réfléchissais rapidement aux raisons qui auraient pu expliquer la présence de Jérôme dans notre cuisine ce matin là et en repassant mentalement les derniers mails que j’avais reçus dans mon téléphone la raison de sa présence s’afficha clairement dans mon esprit.

En effet, la semaine précédente, il nous avait envoyé un mail nous annonçant qu’ils avaient décidé avec Morvan, que les vendanges de notre propre vigne située dans notre propre jardin auraient lieu le vendredi 1er Octobre.

J’aurai pu à ce moment-là répondre à Jérôme que non, les vendanges ne pourrait pas avoir lieu chez nous le 1er Octobre car ce jour-là, je ne serai pas disposée à les faire.

En effet, ce jour-là, j’allais être, durant la matinée, occupée à errer dans ma maison, j’allais l’après-midi, être occupée à répéter sur un plateau et le soir j’allais être occupée à jouer la première d’un spectacle de danse contemporaine. 

Donc, que non, les vendanges ne pouvaient pas avoir lieu ce jour là.

J’aurais pu faire ça, mais cela n’aurait servi à rien car quand Jérôme envoie un mail pour dire que quelque chose va avoir lieu, cette chose a lieu. Par la porte, par la fenêtre ou dans le jardin.

C’est comme ça.

Jérôme était donc là, dans la cuisine avec Morvan et deux énormes poubelles noires en plastique qu’il avait apportées.

Poubelles qui, j’allais le constater plus tard, allaient rapidement se retrouver remplies de grappes de notre propre raisin.

En regardant par la fenêtre, je constatai avec joie qu’il commençait miraculeusement à pleuvoir. Ainsi, je me dis que ceci allait probablement annuler les vendanges car il y a quand même des limites au masochisme.

Que nenni, Jérôme saisit son sécateur, Morvan le sien, ils enfilèrent leurs vestes respectives et ils m’invitèrent à les suivre dans le jardin.

Je n’avais pas du tout envie d’aller dehors sous la pluie pour faire des vendanges mais comme j’aime être avec Morvan et Jérôme, et que de toute façon j’avais reçu un mail, je les ai suivis.

Ils se mirent à cueillir les grappes et moi, mon rôle consistait à érafler les grappes qu’ils avaient cueillies, c’est à dire que je détachais les grains de raisin de la grappe. C’était vraiment nul comme activité.

J’en ai fait des activités nulles, mais celle-là, elle était archi nulle. Et longue.

Alors que j’éraflai sans conviction Morvan s’arrêta de couper et me dit :

- Tu fais l’érafle du Veld’hiv ?

Cet homme ne respecte vraiment rien mais il a le mérite de me faire rire et ceci quasiment tous les jours.

Comme Jérôme voyait que je mettais peu d’enthousiasme dans mon activité d’éraflage et que vu le nombre de grappes, mon travail allait être très long, il me proposa d’alléger un peu mon activité en me disant :

- Tu peux faire un triage grossier …

Tout en éraflant, je lui dis donc :

- D’accord, putain enculé de ta race, va te faire foutre, dans ton cul.

Ce triage était vraiment très très grossier.

Alors qu’à cette heure précise, j’aurais du être dans ma maison, à faire des étirements comme toute bonne danseuse professionnelle qui se respecte en vue du spectacle du soir, j’étais à la place sous la pluie en train d’érafler du raisin tout en disant des grossièretés.

Ma vie n’avait pas de sens, si ce n’est celui de me mener tout droit vers le rhume, ainsi que vers l’alcoolisme à travers la consommation de mon propre vin.

Morvan était ravi de la perspective de faire du vin et accessoirement du jus de raison et il était vraiment ébahi par la quantité de raisin qu’il y avait dans notre propre jardin.

Il me dit :

- C’est fou tout ce que mère nature nous offre.

Oui, parfois, il est poète.

Mais ce n’est pas très souvent.

Il est vrai que notre jardin est particulièrement bien achalandé en grappes de raisin, mais je lui fis tout de même remarquer que vu le prix et le temps de travaux que nous avait coûté cette maison, la mère nature de notre jardin pouvait bien nous refiler deux ou trois bouteilles de jus de raisin gratos (et ceci en sus des pommes pourries que je ramasse régulièrement).

Alors qu’il pleuvait encore, Morvan dit à la cantonade :

- A quelle heure on mange du pâté et on boit une bière ?

Jérôme le rejoignit :

- C’est vrai ça ! A quelle heure on mange du pâté et on boit une bière?

J’avais compris la première fois. 

Clairement ils n’étaient pas à la bonne adresse pour manger du pâté car le pâté ne fait absolument pas parti de mes produits habituels au Leclerc Drive.

Je leur répondis que s’ils avaient correctement consulté le planning des repas sur le frigo (pour plus d'infos sur le planning des repas, voir Episode : C'était la rentrée, mais moi, ça faisait déjà un moment que j'étais rentrée ), ils auraient pu constater par eux même qu’il n’était absolument pas prévu de manger du pâté et de boire de la bière ce midi. Un vendredi ! Enfin !

D’autant moins prévu que je dansais et chantais le soir, et que je n’aurai pas aimé voir la tête du spectacle du soir si je mangeais du pâté et buvait des bières le midi d’une première.

Morvan rétorqua :

- Mais normalement, quand on fait les vendanges, à midi, on mange du pâté et on boit de la bière.

Jérome aquiesca.

Ils commençaient à m’énerver tous les deux avec leur pâté, on n’avait pas de pâté dans cette maison. De la bière, ça oui, on avait beaucoup. Mais du pâté, non !

Alors non, on n’allait pas manger de pâté.

Et tout à coup, j’eus une idée de génie qui allait me permettre de m’exfiltrer des vendanges tout en donnant l’impression d’y participer toujours…

Je leur annonçai :

- Vous savez quoi, pour vous faire plaisir, comme il est bientôt midi, je vous propose d’aller acheter du pâté !

Ils étaient ravis.

Je les ai laissés sous la pluie, et je suis partie bien à l’abri dans une grande surface et j’ai pris mon temps.

Quand je suis rentrée, c’était l’heure de la pause, c’était donc l’heure du pâté et de la bière.

Morvan et Jérôme avaient entre temps été rejoints dans leur entreprise par mon manager Nicolas.

Il avait démarré un peu plus tard qu’eux, mais était tout aussi trempé.

 

Alors que, dans la cuisine, nous nous faisions, comme prévu, des sandwichs de pâté de foie et de rillettes d’oie, je demandai à Jérôme :

- Au niveau des vendanges, c’est quoi l’objectif pour aujourd’hui ? Tu veux faire une presse ?

Il me dit que oui, il avait pour objectif de faire une presse.

Soit.

Je lui demandai alors s’il avait une attachée de presse pour faire sa presse.

Il me répondit que non mais que le pressoir suffirait.

Puis la discussion dévia sur le travail, puisque nous étions, autour de cette table, 4 collègues de travail.

Nicolas me demanda alors où j’en étais de l’élaboration de mon futur concert.

Mon 4ème.

Je lui répondis que j’avais l’équipe artistique, j’avais des chansons, j’avais des inter-chansons et surtout que j’avais comme projet d’utiliser mon tout nouveau nom d’usage en nom d’artiste.

Il me répondit alors:

- Ah oui ? Tu vas utiliser ton nom d’usage en nom d’artiste ? Tu vas t’appeler Lise d’usage ?

Je lui répondis que non.

J’allais désormais me faire appeler dans ma sphère professionnelle Lise Prat-Cherhal puisque c’était désormais mon nom.

Depuis presque deux mois.

Autour de la table, on s’est alors demandé si ce changement de nom d’artiste était une bonne ou une mauvaise idée.

Personnellement, je ne savais pas si l’idée était bonne ou mauvaise, et cela m’importait peu qu’elle le soit dans un sens ou dans un autre. Je n’avais aucune stratégie derrière ça.

J’avais envie de le faire, c’est tout.

Nous nous étions mariés avec Morvan et avions fait le choix de porter le même nom.

Car oui, lui aussi avait changé de nom.

En France, désormais, quand tu te maries, tu peux choisir de garder ton nom, de prendre celui de ta femme ou celui de ton mari, ou encore de créer un nom composé des deux noms, dans l’ordre que tu souhaites.

Après, en tout honnêteté, dans l’idéal de l’idéal de la vie idéale, après nous être mariés avec Morvan, nous aurions aimé avoir la possibilité de nous construire un nouveau nom en contractant nos deux noms de famille.

Ainsi, on se serait appelés, Prhal ou Chrat, mais ça, ce n’était pas encore possible en France. Ni ailleurs d’ailleurs.

Je m’appelais désormais, Lise Prat-Cherhal et Morvan s’appelait désormais Morvan Prat-Cherhal.

Et d’autant que je sache, nous sommes les deux seuls être humains en France à porter ce nom composé.

Notre nouveau nom est l’incarnation d’un choix très fort que nous avons fait ensemble et je suis plutôt fière que nous ayons choisi tous les deux de changer de patronyme pour mieux affirmer notre union.

Et comme je suis fière, de tout ça, et de tout ce que je fais avec Morvan en règle générale, j’ai envie de m’appeler comme ça tout le temps. Même sur scène. Même sur mon blog. Même sur les impôts. Et même sur mon futur livre.

Et probablement même sur notre cuvée spéciale dont la production était en cours ce jour-là car c’est de ça qu’il était question avant cette digression patronymique.

Le repas terminé, il nous fallait maintenant écraser aux pieds le contenu des deux grandes poubelles noires.

Mais qui de nous 4 allait s’y coller ?

Je m’exclus d’emblée ayant une activité professionnelle le jour même qui nécessitait que je sois pieds nus et propres devant plus de 500 personnes.

Jérôme et Morvan s’exclurent également, l’un prétextant qu’il était trop petit et risquait la noyade en montant dans ses grosses poubelles, et l’autre en feignant d’avoir des mycoses aux pieds.

Ne restait que Nicolas.

Il est probablement l'être humain le plus brave que je connais .

Il alla donc se laver les pieds, se mit en slip et grimpa dans les poubelles noires afin de fouler les grains de raisins.

Cette vision dans ma propre cuisine était assez plaisante mais je ne pus pas en profiter très longtemps.

Ma collègue de danse, avait qui je faisais les trajets en vélo tous les jours pour me rendre à la salle de spectacle où nous répétions m’attendait sur le trottoir en face de chez nous.

Je les ai donc laissés au cœur de cette toute nouvelle exploitation viticole en espérant très fort que la cuisine aurait retrouvé un état de droit à mon retour le soir même.

J’ai dit :

- Au revoir, moi je vais au travail.

Et je suis partie.

Et j'ai fait mon travail toute l'après-midi. 

Tant et si bien qu'au bout d'un moment, c'était l'heure de jouer devant des gens. 

Quelques minutes avant de démarrer le spectacle, alors que nous étions derrière l'épais rideau de cette large scène ma collègue Nathalie m’a dit :

- Je nous visualise à la fin du spectacle, et les gens sont debout.

Je ne vais pas vous raconter le spectacle car l’idée de ce blog est de vous raconter ce que vous ne pouvez pas voir, et ce spectacle, vous auriez pu le voir si vous aviez voulu le voir, et vous allez prochainement pouvoir le voir si vous avez envie de le voir.

Tout ce que je peux vous dire, c’est que nous avons joué.

Et ce que je peux vous dire également, c'est que comme l’avait pré-visualisé Nathalie, à la fin, les gens se sont mis debout.

Je pense que Nathalie a des pouvoirs magiques.

Je trouve ça bien de connaître des gens qui ont des pouvoirs magiques.

Ainsi se termine cet épisode, j’espère que vous continuerez à me lire, à m’écrire et à m’aimer, même avec mon nouveau nom d’usage, mon nouveau nom d’artiste.

Je vous embrasse, Morvan non, il n’est pas dispo, il est en train de faire refaire sa carte d’identité.

Lise Prat-Cherhal

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A
Félicitations !
Et merci de partager tout cela avec nous, c'est bien cool !
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