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La vie extraordinaire d'une chanteuse normale.

LIZ CHERHAL - LE BLOG

C’était la rentrée mais moi, ça faisait déjà un moment que j’étais rentrée.

C’était la rentrée mais moi, ça faisait déjà un moment que j’étais rentrée.

Ce jour-là, c’était la rentrée. 

Mais moi, ça faisait déjà un moment que j’étais rentrée.

Depuis 2 semaines, je travaillais assidûment au sein de la compagnie NGC25 pour la création d’un nouveau spectacle « Le Syndrome de Pénélope ». Ce spectacle mélangeait brillamment danse, chanson et philosophie et nous étions en résidence de création. 

Du matin au soir et du soir au matin, nous créions car c’est ainsi que se conjugue le verbe créer à l’imparfait de l’indicatif. Ne me remerciez pas pour cette transmission de savoir, c’est bien naturel car n’oubliez pas qu’il ne faut jamais louper une occasion d’être un petit peu moins con que la veille. 

Depuis deux semaines, donc, je me levais le matin pour aller au travail. 

Alors quand je quittais mon domicile, je disais : 

- Salut, moi je vais au travail ! 

Sur place, je retrouvais mes collègues de travail. 

Puis je faisais ma journée de travail dans un lieu de travail qui n’était pas dans mon propre domicile, et le soir, je rentrais du travail pour me retrouver dans mon domicile qui n’était pas très propre.

J’aimais bien ce rythme, c’était régulier, c’était répétitif, c’était pas souvent, c’était rassurant. 

Ce jour-là, en rentrant à mon domicile après ma journée de travail, alors que j’avais dansé toute la journée, puisque cela faisait désormais partie de mon travail, je me rendis compte que je n’avais mal nulle part.

Et c’était très étrange de n’avoir mal nulle part, car durant les précédentes périodes de résidences de création de danse, je m’étais très professionnellement contracturée, courbaturée, brûlée et bleutée. 

Mais cette fois-ci, je n’avais mal nulle part et je ne souffrais d’aucune courbature. C’était vraiment très étrange. 

C’était soit parce que mon corps s’était habitué à cette nouvelle manière d’être utilisé au travail, soit parce que je n’avais malheureusement pas fait travailler suffisamment mon corps au travail ce jour-là. 

Allez savoir … 

Par respect pour l’image que j’avais de moi-même, je choisis de me dire que je n’avais mal nulle part parce que mon corps était de plus en plus habitué au nouveau rythme physique que je lui imposais et que ça n’avait rien à voir avec le fait que j’avais peut être fait les choses un peu moins ardemment cette journée-ci par rapport aux autres jours. 

J’avais tout à fait le droit de penser cette pensée car je suis dans ma tête la seule personne à décider de la nature de mes pensées. 

Je peux donc, à ma guise et d’une manière totalement dictatoriale décider de penser une pensée qui me donne un maximum de fierté plutôt qu’une pensée qui pourrait saper mon moral pour le reste de la soirée. 

C’est donc avec cette pensée accompagnée de ma fierté d’avoir suffisamment travaillé que je franchis à 16h30 la lourde porte de mon domicile pas très propre. 

Comme nous étions le jour de la rentrée scolaire, logiquement, aucun de nos colocataires adolescents ne seraient déjà de retour à cette heure. L’école primaire cela finit à 16h, mais le collège et le lycée dans mon souvenir ça ne finit pas avant 17h, voir 18h. 

Nous aurions donc le loisir, Morvan-mon-époux et moi-même de profiter pendant au moins une trentaine de minutes voire plus, d’un tête-à-tête bien mérité dans notre salon au plancher pas droit avant l’invasion adolescente qui ne manquerait pas de vider les placards et nos deux frigos des moindres denrées. 

Cet éventuel tête-à-tête me réjouissait d’autant plus que cela faisait finalement deux semaines que, contrairement à d’habitude, avec Morvan et pour cause de résidence de création en danse contemporaine et contents tout court, nous ne passions plus aucune journée ensemble. 

Ce qui vous vous en doutez, nous rendait un peu mécontents. 

En entrant dans notre désormais domicile commun, je claquai ostensiblement la porte d’entrée pour signifier à mon cher et tendre ma présence en notre domicile ce qui ne manquerait pas de lui donner illico presto envie de sortir du studio. 

Mais en arrivant près de notre canapé penché puisque le plancher de notre salon n’est pas tout à fait droit, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir à la place même où j’aurai du m’asseoir avec ma fierté du travail physique bien accompli, un adolescent et son téléphone qui selon toute logique n’auraient pas du être là.

En effet, la rentrée scolaire de cet adolescent précis avait eu lieu le jour même à 15h, il n’était donc absolument pas normal qu’il soit déjà rentré à 16h30. 

C’était beaucoup trop court comme journée de travail. Même pour un adolescent. 

Stoppée net dans l’entrebâillement de la porte entre la cuisine et le salon, je lui demandai prestement :

- Comment se fait-il qu’en faisant ta rentrée scolaire à 15h, tu sois déjà rentré à 16h30 ? 

Il prit un vrai temps pour lever la tête de son écran, puis me regarda. 

Il n’avait visiblement pas de réponse à me donner, alors il replongea la tête sur son téléphone. Il espérait probablement y trouver une réponse …

Malheureusement, il n’y trouva absolument rien. 

Je n’obtins aucune réponse à ma question. 

Et de toute façon, aucune des réponses qu’il aurait pu me donner à ce moment-là n’aurait pu me satisfaire car je trouvais qu’une journée d’école qui durait une heure c’était bien au-delà de l’hôpital qui se foutait de la chatte, non là, c’était vraiment l’éducation nationale qui se foutait des intermittents. 

Mais qu’est-ce que je pouvais y faire. 

Rien.

Je devais donc l’accepter puisque je vous le rappelle, pour être heureux, il faut accepter ce qu’on ne peut pas changer. 

J’appris par la suite que ce même adolescent passerait tous ces jeudis matins et tous ces vendredis matin chez nous, tandis qu’un autre des adolescents vivant sous notre toit lui, n’aurait jamais cours les lundis matins ni les mercredis après-midi. 

Mais qu’est ce que c’était que ces emplois du temps ? 

Qu’est ce qu’apprenaient nos adolescents en étant scolarisés sur des demies-journées ? 

Ils allaient sans doute apprendre des trucs qui allaient à moitié leur servir. 

Ainsi, ils auraient des demi-jobs et du coup, ils cotiseraient à moitiés pour nos demis-retraites. 

Alors là, géniale, j'allais avoir une demi-retraite, j’avais tout gagné ! 

Ils ne fallait vraiment pas que je compte sur nos adolescents pour assurer mon avenir financier. 

Il fallait que je trouve une autre solution. 

Pour assurer mon avenir financier, je ferai mieux d’investir dans l’immobilier et me créer un patrimoine. Cela justifierait en sus les heures que je passe à écouter des podcasts sur l’investissement immobilier tout en faisant haltères et étirements. 

Cette idée de me créer un patrimoine immobilier était excellente mais je décidai de la reporter à plus tard car je n’avais pas le temps à ce moment précis de la mettre réellement en pratique vu que j’allais tous les jours travailler dans un lieu de travail avec des collègues de travail. 

Comme il m’était impossible à cet instant précis de m’assoir dans le canapé puisque la place y était déjà prise, je me mis à errer dans notre grande maison. 

Il est très facile d’errer dans notre grande maison car comme nous y avons cassé beaucoup de cloisons à grands coups de massues et de règlements de compte avec notre passé, l’espace est très ouvert et permet de marcher dans n’importe quel sens à n’importe quelle heure. 

Mon errance me conduisit ainsi tout droit dans le studio en OSB3 dans lequel nous produisons avec Morvan nos diverses œuvres musicales. 

Morvan, qui ne m’avait manifestement pas entendue arriver malgré mon claquement de porte ostensible y travaillait, et il y a travaillait bien. 

On aurait pu croire que mon absence liée à cette résidence de création en danse contemporaine allait le faire sombrer dans la dépression la plus profonde, mais il n’en était rien. 

En mon absence, il assouvissait sa passion à savoir : créer de la musique. 

Et en réalité, même si j’étais absente de la maison depuis deux semaines, je n’étais absolument pas absente du studio car Morvan y était en train d’y produire les titres de mon prochain album. Ma voix enregistrée y résonnait donc toute la journée. 

Lorsque je franchis la porte du studio, en me voyant, Morvan hurla de joie. 

Non, c’est absolument faux. 

J’eus aimé qu’il le fasse. 

Mais l’expressivité exacerbée, ce n’est pas du tout son truc. Il faut le savoir. Moi je le sais. 

Il tourna simplement la tête vers moi et me salua amoureusement. 

Il était en train de faire les arrangements d’un tout nouveau titre intitulé « Régler les dossiers » qui parlait du fait de devoir régler les vieux dossiers de sa vieille vie pour pouvoir avancer plus léger. 

C’était autobiographique. Comme tout ce que j’écris. 

Alors que ce titre tournait sur les enceintes du studio, il me regarda et me dit : 

- Dis donc, je croyais que c’était interdit de composer une chanson en La-Ré-Mi.

Oh oh … 

(Maman, composer une chanson en La-Ré-Mi c’est quand, pour composer la totalité d’une musique pour une chanson, tu utilises exclusivement trois accords La, Ré et Mi, suite d’accords, qu’on a déjà entendu un million de fois dans un million de chanson, plus bateau tu meurs, tu meurs de noyade) . 

Je ne répondis rien, j’étais démasquée. Je le savais, j'étais fautive, j’avais fait une chanson en La-Ré-Mi. 

Comme je ne disais rien, il reprit de plus belle. 

- Dis donc, je croyais avoir entendu une personne, il y a quelque temps déclarer que c’était interdit de faire des chansons en La-Ré-Mi, et cette même personne avait même dit que ce genre de composition, c’était passible d’une amende voire de prison. 

Et en effet, il y a quelque temps, lors d’un concert, une personne avait déclaré en entendant un morceau qui visiblement était en La-Ré-Mi, que les compositeurs de cette chanson risquaient la prison car un décret interdisant l’utilisation de ces seuls accords dans une chanson venait de passer. 

C’est vrai qu’on avait entendu une personne dire ça. 

Et la personne il me semble, que c’était moi. 

Et le décret, je l’avais inventé. 

Et alors que j’avais moi même fait passer un décret qui interdisait les chansons à trois accords j’avais moi même fait une chanson en La Ré Mi. 

Je risquais la prison, ou du moins une grosse amende pour manque de créativité. 

J’essayai de me rattraper en lui disant

- Oui, en effet, c’est en LA-Ré-Mi, je le reconnais, et je sais que je risque la prison des compositeurs pour ça, mais sincèrement, quand tu entends juste la mélodie, tu ne te dis pas directement que c’est une chanson en La-Ré-Mi, n’est-ce pas ?

Il prit un temps de réflexion et me répondit : 

- En effet, la mélodie est chouette donc tu ne te dis pas directement que c’est une chanson en La-Ré-Mi , mais par contre, dès que tu essaies de trouver la grille d’accord sur un manche de guitare, là tu te le dis.

Il n’avait pas tort, il avait même raison. 

Mais bon, est ce que les gens qui allaient écouter cette chanson dans un an ou plus car je ne sais pas quand sortira ce disque, iraient tout de suite essayer de trouver la grille d’accord de la musique pour vérifier si cette chanson est bien en La-Ré-Mi, afin de voir si je méritais la prison ou pas, sincèrement, je ne pense pas. Les gens qui écouteront cette chanson dans un an, un an et demi auront d'autres choses à faire à ce moment-là, non ? 

Et s’ils le font quand même, franchement, c’est qu’ils n’ont pas grand-chose à faire, comme moi actuellement, vu que cela fait au moins 6 heures que je suis en train de rédiger cet épisode de blog alors que je ferais mieux de faire des étirements, des haltères ou d’écrire la note d’intention de mon prochain album. 

Ainsi démasquée avec ma chanson à trois accords, je choisi de quitter le studio pour aller consulter le planning des repas affiché sur le frigo. Ainsi, je saurais quelle genre de nourriture nous aurions à préparer le soir même. 

L’affichage d’un planning des repas sur le frigo nous avait changé la vie de deux manières. 

Premièrement, on ne réfléchissait plus qu’une seule fois par semaine à ce qu’on allait manger le soir, et deuxièmement, ce planning affiché à la vue de tous, nous permettait de ne plus avoir à répondre à la question : - qu’est ce qu’on mange ce soir ? 

(Question qui par le passé, nous était parfois posée 4 fois, en une seule soirée, par quatre personnes différentes …)

Je m’approchais donc du frigo pour aller voir ce que nous avions décidé de manger le soir. 

Ce que j’y vis ne me fis guère plaisir. 

Comme un de nos amis très marrant mais parfois un peu vulgaire était passé le jour même par notre cuisine, le planning des repas avait été totalement effacé et ré-écrit. 

Je ne reconnaissais plus rien. 

A la place, de tarte feta courgette, hachis parmentier et riz à l’indienne, était désormais inscrit sur notre planning des repas.

 

lundi : quéquette à l’indienne

mardi : quéquette farcie

mercredi : quéquette à la vinaigrette

La suite avait été ré-écrit par un de nos adolescents

Jeudi : burger

vendredi : burger

samedi : burger. 

Dimanche : caillou 

 

Génial ! On allait se régaler. 

Comme personne ne respectait le planning des repas je décidai de ne pas préparer de repas. 

A la place, je décidai de skyper ma mère pour prendre de ses nouvelles. 

Curieusement, le skype sonna un peu plus longtemps qu’à l’accoutumée mais elle finit par me répondre. 

Lorsque son visage apparu sur mon écran, je vis tout de suite que quelque chose n’était pas comme d’habitude. . 

Elle était extrêmement souriante, ce qui n’avait rien d’étonnant vu son caractère, mais ce qui m’étonna fut que la pièce dans laquelle elle se trouvait m’était totalement inconnue. 

Et pour cause, elle n’était absolument pas chez elle. 

Allons bon, un jeudi soir, où était-elle ? 

Avant que je n’ai eu le temps de lui poser la question, je me rendis compte qu’en arrière plan, un peu à l’écart, il y avait un homme, debout, tout aussi souriant. 

Allons bon, elle était avec quelqu’un ! 

Elle n’était donc pas chez elle et elle n’était pas seule. 

Et tout ceci, un jeudi soir ! 

ça c'était vraiment la meilleure de l'année. 

Mais qui était cet homme ? 

Un homme, avec ma mère … ? C’était peut être mon père …. ?

Impossible ! Mon père était mort il y a 14 ans. 

Elle avait visiblement un nouvel amoureux. Et ça c’était une très bonne nouvelle. 

Je ne m’étendrai pas d’avantage sur cette histoire qui n’est pas la mienne par respect pour la vie privée des protagonistes ci-dessus mentionnés. 

Mais tout ce que je peux vous dire de cette situation, car je m’en suis longuement entretenue avec ma mère, c’est que j’en ai tiré un enseignement que je m’en vais vous partager. 

Visiblement, l’amour peut arriver n’importe quand, à n’importe quel âge, même quand on a l’impression que tout ceci fait partie du passé. 

Il suffit pour cela de laisser sa porte ouverte et de faire un peu de place dans sa maison. 

Enfin, et je conclurai là dessus, contrairement à ce qu’on pourrait penser, il ne faut jamais perdre de vue et être très confiant sur le fait que même quand on prend de l'âge, l’amour reste merveilleux, l'amour reste ce qui nous rend le plus heureux et que l'amour ça reste un feu d’arti-fesses, pardon, un feu d’artifice. 

Je vous remercie de m’avoir lue. 

Lise Prat-Cherhal 

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A
Merci, quel plaisir de vous lire !
Sinon il y a si mineur, fa dièze mineur et do dièze mineur pour remplacer respectivement ré, la et mi, mais je ne vous apprends rien... :-)
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