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La vie extraordinaire d'une chanteuse normale.

LIZ CHERHAL - LE BLOG

J'ai reçu un mail et ça m'a fait pleurer dans un restaurant

J'ai reçu un mail et ça m'a fait pleurer dans un restaurant

Et nous sommes finalement arrivés à Ambleteuse. 

Comme c’était le soir et que le soir, traditionnellement, il faut manger, c’est ce que nous avons fait. 

Jérome qui est notre technicien son et également le régisseur de tournée avait réservé un restaurant. 

Ça fait partie de son travail. 

Avant d’arriver au dit restaurant, Morvan lui demanda :

- Peux-tu nous parler un peu de ce restaurant?

Jérome lui répondit :

- C’est un restaurant de spécialités locales. 

On n’était donc pas très avancés. 

Nous nous mîmes alors à chercher quelles pouvaient bien être les spécialités culinaires du 62. 

J’ai alors dit à mon équipe : 

- Il semble que dans le 62, la spécialité culinaire c’est la poutine.

Je savais que ce n’était pas forcément ça, mais je propose toujours la poutine quand on cherche la spécialité culinaire d’une région car parfois, c’est ça. 

Enfin, une fois, c’était ça… 

C’était quand on était en tournée au Canada… 

ça n’a pas re-marché depuis. 

Toujours est-il que nous sommes arrivés dans ce restaurant dont la spécialité n’était absolument pas la poutine. 

A table, Cyrille nous a parlé de son nouveau spectacle de majorettes, j’ai questionné Guillaume sur sa famille qui habite dans le nord et j’ai demandé à Philippe de me montrer son alliance. 

Et puis, nos plats respectifs sont arrivés. Ça sentait très fort le maroilles. 

Et nous avons mangé. 

Alors que je m’apprêtais à finir la dernière bouchée de mon steak tartare qui n'était pas vraiment une spécialité locale, je reçu un mail de mon ami écrivain Nicolas Jaillet. 

Quand je vis qu’il m’avait écrit, je fus traversée d’un grand frisson car je savais qu’il avait vécu quelque chose de très dur cette semaine. 

Son très proche ami, l’écrivain Jean-Jacques Reboux était mort. Le 14 Juillet. 

Je le connaissais Jean-Jacques. 

On ne peut pas dire que Jean-Jacques et moi étions très proches, car personnellement, je ne suis pas très proche de beaucoup de gens, mais je le connaissais depuis une bonne dizaine d’années. Il faisait clairement partie de mon paysage. De mon paysage culturel, de mon paysage personnel et de mon paysage professionnel. Plusieurs de ses livres étaient dans ma bibliothèque. 

Dès que je jouais à Paris, Jean-jacques était là, car, me disait-il, j’étais sa chanteuse préférée. 

De temps en temps, entre les concerts, nous nous écrivions. Il était un fervent lecteur de mon blog et me disait : 

- T’as du style.

Alors j'étais contente.  

Quand, dans mes articles, j’écrivais des choses incohérentes ou quand mes écrits étaient trop constellés de détails inutiles, il me le faisait remarquer car il s’y connaissait. C'était un écrivain. 

Comme ses remarques d'écrivain étaient toujours intéressantes et me faisaient avancer dans mes écrits, nous avions décidé qu’il relirait la première mouture de mon roman à paraître dès qu’elle serait finie d’écrire.

Mais cette première mouture, je suis en train de l’écrire, et je ne l’ai pas du tout finie. 

Il n’en a donc rien lu, et visiblement, il ne pourra jamais la lire. 

Et ça, ça me rend triste. 

Il y a un an et demi, alors qu’il était à ce moment-là en pleine forme, il avait même organisé un festival de musique et de rencontre littéraires à Paris. C’était le printemps Bénuchot. 

J’y avais joué puisque, je vous le rappelle, je suis sa chanteuse préférée. 

Enfin, j’étais … 

Quand j’ai appris au printemps dernier qu’il était hospitalisé, je lui ai écrit pour lui dire que je pensais à lui et que je souhaitais qu’il guérisse vite et bien. J’avais ajouté que je lui aurai bien proposé de faire une prière pour nous assurer de sa guérison mais que comme je n’étais pas une très bonne catholique, j’avais peur que mes prières fassent pire que mieux.

Je préférai donc lui envoyer plein d’ondes positives, ondes qui avaient déjà fait leurs preuves par le passé. 

Il m’avait répondu que recevoir des ondes positives de sa chanteuse préférée était presque une assurance sur la guérison et qu’il n’était pas prêt de lâcher le morceau. 

Mais apparemment, mes ondes positives ont été bien insuffisantes sur ce coup. 

Quand j’ai appris sa mort, j’étais chez moi, à Rezé et je n’avais personne autour de moi pour déverser ma peine et mon chagrin. Je n'avais personne non plus pour partager les souvenirs que j'avais de lui. 

Notamment ce jour mémorable où, après les avoir visités au salon du polar de Mauves-sur-Loire, Jean-Jacques et Nicolas étaient venus chez moi, dans la maison que je partageais avec mon fils et son père à cette période.

Je ne sais plus vraiment comment cela s’est produit mais à un moment de l’après-midi, nous nous sommes retrouvés, Nicolas, Jean-Jacques, mon conjoint et moi même, assis par terre dans la cabane de mon fils de deux ans. Ce dernier nous y avait probablement invités. L’endroit en bois était exigu et nous étions tous visiblement bien trop grands pour être à notre aise dans cette petite pièce mais nous y étions allés.

Cette image de nous 4, tout adulte que nous étions, assis par terre dans cette petite cabane en bois est une image que j’aime beaucoup.

Et en ce jour du 14 Juillet 2021, alors que Jean-Jacques venait tout juste de s'éteindre, j’avais des images, des souvenirs, de la peine et du chagrin mais je n’ai rien partagé. Avec personne.

J’ai gardé tout ça à l’intérieur, et je suis partie en tournée avec. 

Et le soir dont je vous parle, dans ce restaurant, alors que nous étions au tout début de la tournée d’été, j’avais presque oublié que j’étais partie de chez moi sans avoir pris le temps de déverser mon chagrin quelque part. 

Mais quand je vis le message de mon ami Nicolas Jaillet, tout ce chagrin s’est rappelé à moi et a été doublé par une information qui m’a bouleversée au-delà de ce que je pensais être pour Jean-Jacques. 

Nicolas m’informait simplement et gentiment que la crémation de Jean-Jacques avait eu lieu le jour même, pendant que j’étais en train de m’emmerder dans ce camion de tournée, et qu’à cette occasion, une de mes chansons avait été diffusée dans la salle du crématorium.

C’est « Moi, ma liberté » qui avait été choisie. 

Nicolas ajoutait dans son mail que ça avait été beau d’entendre ma voix dans la salle du crématorium. 

Une de mes chansons avait donc résonné lors de la crémation de Jean-Jacques Reboux. 

Cette information provoqua un raz-de-marée émotionnel chez moi. 

Très vite, je sentis que mon chagrin du décès de Jean-Jacques allait sortir ici, maintenant, dans cette salle de restaurant, autour de cette table qui sentait le maroilles.

J’allais me mettre à pleurer et je savais que ça ne servait à rien d’essayer de lutter car c’était trop puissant.  

Avant de m’effondrer, et pour ne pas laisser Morvan dans l’incompréhension de l’état de tristesse dans lequel j’allais tomber incessamment sous peu, je lui ai glissé sous les yeux le mail de Nicolas que je venais de recevoir. 

Il a mis ses lunettes, il a lu le mail et avant que je n’ai eu le temps de lui dire quoi que ce soit, et parce qu’il venait de comprendre que cette information allait inévitablement me faire pleurer à chaudes larmes, il a mis sa main autour de mon cou et m’a plaquée la tête contre son épaule. 

Le visage ainsi caché, j’ai pu déverser mon chagrin sur sa chemise noire sans me soucier de l’image que j’étais en train de donner autour de cette table, dans cette salle de restaurant. 

Je suis restée ainsi pendant un long moment. Mes collègues ont continué leur conversation pour me laisser à mon chagrin et je les en remercie. 

Ce soir-là, dans ce restaurant, je pensais avoir déversé tout mon chagrin pour Jean-Jacques, mais ce n’était visiblement pas le cas puisque, maintenant, dans cette chambre d’hôtel, en écrivant ce texte, je pleure. 

Mais je pense que c’est normal de pleurer et de re-pleurer. Les chagrins qui nous submergent quand quelqu’un meurt sont tellement gros qu’ils ne peuvent pas sortir en une seule fois … 

C’est comme ça, il faut l’accepter. 

Je dédie cet épisode de blog à l’écrivain Jean-Jacques Reboux et je suis très fière de dire que je suis, que j’étais sa chanteuse préférée. 

Je suis cependant très triste de me dire qu’il ne lira pas cet épisode ni les prochains. 

Je pense à lui et je m’estime chanceuse d’avoir croisé sa route. 

Quand à vous, puisque vous êtes vivants, je vous remercie de m’avoir lue et je vous dis à bientôt. 

Bonne vie à tous. 

Je vous embrasse, Morvan non, il n'est pas dispo, il est en train de faire sécher sa chemise. 

Liz
 

Nicolas Jaillet (avec sa veste rouge), moi-même et Jean-Jacques Reboux lors du Printemps Bénuchot en 2019. Ce n'est donc pas très vieux ...

Nicolas Jaillet (avec sa veste rouge), moi-même et Jean-Jacques Reboux lors du Printemps Bénuchot en 2019. Ce n'est donc pas très vieux ...

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