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La vie extraordinaire d'une chanteuse normale.

LIZ CHERHAL - LE BLOG

Un clip et un matelas (partie 4)

Un clip et un matelas (partie 4)

En arrivant devant la porte de chez François, j’eus la grande joie de voir qu’il avait réinstallé la sonnette décroissante que j’aimais tant ( pour plus d’information au sujet de la sonnette décroissante, voir épisode "Un clip et un matelas (1ère partie)"

Je tournai la molette avec beaucoup de joie et, à ce signal, François apparut avec sa barbe encore plus grande que la dernière fois. Jusqu’où cela allait-il aller ? 

Je n’en savais strictement rien, et lui non plus visiblement. 

Après les habituels cafés et les points sur nos situations professionnelles respectives, nous montâmes dans la salle de montage pour nous mettre au travail.

Alors que le transfert de notre œuvre charnelle sur le banc de montage était en cours, nous entendîmes au dessus de nous, une personne en train de rapper. 

Mais cette personne ne rappait pas des carottes ou de la betterave crue du panier de l’Amap, non, il y avait au dessus de nos têtes, une personne qui déclamait un texte traitant d’un sujet de société très actuel dans un rythme saccadé. 

C’était un rappeur. 

Un rappeur qui rappait. 

Je demandai alors à François de me fournir des explications quant à la présence d’un rappeur au dessus de la salle de montage. 

Il me répondit que la pièce située juste au dessus de nous, et qui dans une ancienne vie avait été une chambre d’enfant, avait été transformée depuis quelques semaines en studio d’enregistrement par l’enfant lui-même qui n’en était plus un puisqu’il était désormais en télé-travail.

Comme le temps passait vite. 

Depuis ce ré-aménagement, défilaient désormais dans cette chambre, toutes sortes de personnes souhaitant être enregistrées et au moment où nous parlions, c’était un rappeur sachant rapper qui rappait dans le dit-espace. 

Allons bon, un studio d’enregistrement maintenant, au dessus du banc de montage et tout ça dans une maison d’habitation. 

Il était vraiment temps que le télé-travail cesse. 

En attendant que le montage de « Dis comment tu Ken » se fasse grâce aux mains expertes de François, et étant quelque peu attirée parce que j’entendais dans la pièce du dessus, je me disais que je pourrais peut être monter d’un étage pour faire un featuring, pour poser mes lyrics, ou pour lâcher mon flow … 

Mais je restai à ma place, dans mon fauteuil de montage, en face du mac de François et des ses deux écrans. 

Alors qu’il essayait sur un plan différents filtres qui faisaient passer mon visage de « très malade » à « un peu rougeaude », voir « carrément alcoolique »François, en désignant son ordinateur à deux écrans nous dit :

- Si aujourd’hui, je me rachetais un mac comme celui avec tous les logiciels et les effets, vous savez combien ça coûterait ? 

Je n’en savais rien. Je ne suis pas très au fait de l’évolution des prix du marché des mac en général et des produits apple en particulier. 

François nous dit alors : 

- 10 000 euros

Punaise, 10 000 euros. 

C’était beaucoup d’argent. 

François ajouta :

- Vous vous rendez compte ? 10 000 euros, c’est le prix d’une voiture ! Un ordinateur coûte le prix d’une voiture.

(François compare régulièrement le prix des choses au prix des voitures). 

Moi, je ne me rendais pas bien compte mais c’était sans doute vrai. 10 000 euros, c’était possiblement le prix d’une voiture. 

En tout cas d’une voiture à 10 000 euros. 

Mais quand tu as 10 000 euros et que tu achètes une voiture à 10 000 euros, derrière tu ne peux pas monter un clip. 

Et à contrario, quand tu as 10 000 euros et que tu t’achètes un ordinateur à 10 000 euros dans le but de monter un clip, derrière, tu ne peux aller nulle part. 

Alors que valait-il mieux acheter avec 10 000 euros ? Un voiture pour aller quelque part ou un ordinateur pour monter un clip ? 

Bon, la question n’était à ce moment là pas très justifiée car personne devant ce banc de montage n’avait présentement 10 000 euros à dépenser. Ni dans une voiture, ni dans un ordinateur dernier cri. 

Mais dans un soucis d’en apprendre toujours plus, je demandais quand même à François en quoi ce serait mieux aujourd’hui, de monter notre clip sur un ordinateur à 10 000 euros plutôt que sur son vieil outil (qui nous avait toujours été très utile au demeurant, et ceci, dans pleins de situations). 

Il me répondit alors que le principal intérêt des nouveaux ordinateurs c’était de pouvoir voir les effets vidéos en temps réels. 

Et il ajouta que se voir avec une tête d’alcoolique en temps réel, ça n’avait pas de prix. 

Enfin si, ça coûtait 10 000 euros. 

Nous continuâmes alors de fignoler le montage. François raccourcissait des plans, en allongeait d’autres.

On regardait, on re-regardait et on re-re-re-regardait le clip. 

- Ce raccord est un peu violent, dit François, évoquant un passage extrêmement rapide entre deux plans. 

Moi, je trouvais que ce raccord en avait dans les gonades et que c’était très bien comme ça. 

J’aurai pu dire « ce raccord a des couilles » mais je n’utilisais plus cette expression que je trouvais complètement dépassée et contre productive à une époque où on se bat pour l’égalité des genres. 

A mon sens, les personnes courageuses, sans concessions, celles qui agissent avec conviction ne devaient plus être considérées comme des personnes « qui avaient des couilles » mais plutôt comme des personnes « qui en avaient dans les gonades ». 

Le terme « gonade » définit les organes reproducteurs dans lesquels sont crées les cellules reproductrices des mammifères. 

Les gonades des femmes sont les ovaires, les gonades des hommes sont les testicules. Ils font le même boulot, à charge mentale égale, à savoir : produire les gamètes nécessaires à la reproduction. 

Le terme gonade est un terme générique et non genré. Nous avons tous des gonades. 

Ce terme me plait donc beaucoup. 

Alors en 2021, j’ai choisi d’arrêter de dire que les actes courageux ou ambitieux étaient reliées aux uniques couilles. Je préfère désormais dire qu’ils sont reliés aux gonades. Ça englobe tout le monde et je me sens ainsi plus en adéquation avec la réalité. 

Et de toute façon, je fais ce que je veux car j’en ai dans les gonades. 

Mais revenons sur le banc de montage avec nos paires de gonades respectives. 

Pour un autre plan, François nous demanda :

- Qui est d’accord pour un effet noir et blanc sur ce plan ?

J’ai levé la main, Morvan a levé la main : 100 % du groupe était donc d’accord pour cet effet. 

Et puis, au bout de deux heures de fignolage, nous sommes enfin arrivés sur le dernier plan du clip. 

Et là, il fallait choisir un effet pour la fin. 

Est ce qu’on mettait un ralenti , est ce qu’on mettait un fondu au noir ? 

Fondu ? Ralenti ? Ralenti ? Fondu ?

Personnellement, à ce moment-là, cela faisait au moins trois heures que j’avais pris mon dernier repas et de fait, pour la fin, j’aurai bien vue une fondue, ou encore une raclette, mais ce n’était pas l’objet de la discussion. 

Nous essayâmes plusieurs possibilités. Cela pris un peu de temps. 

Arrivés au bout de ce que nous pouvions proposer, Morvan nous fit remarquer que ce n’était peut-être pas la peine d’attacher autant d’importance à cette fin vu le nombre de personnes qui regarderaient vraiment le clip jusqu’au bout. 

On le sait. 

C’est comme ça maintenant, et on ne peut que l’accepter. 

On fait des vidéos de 3 minutes, les vingt premières secondes sont très regardées, la minute suivante l’est un peu moins, la minute qui vient après l’est encore moins et les trente dernière secondes ne sont vues que par nous même et par nos familles respectives (du moins ce qu’il en reste). 

Il faut être en paix avec ça. 

Moi, je le suis, en paix. 

Je suis d’ailleurs un peu trop en paix en ce moment. 

Nous avons conclu cette séance de travail en se félicitant d’avoir accompli notre mission dans les temps. 

François dit : 

- euh …. qu’est ce que je fais des images des rushs …. ? 

Il avait désormais des vidéos de nous entièrement nus dans son ordinateur à deux écrans.

Il dit :

- Peut être que je peux les vendre ?

Je lui répondis :

- Si tu les vends, à mon avis, tu vas pouvoir t’acheter un nouvel ordi.

C'est ainsi que s'est conclue cette séance car ensuite nous sommes rentrés dans notre maison pas finie pour mettre sur internet le clip de "Dis comment tu Ken ?" qui lui était fini. https://www.youtube.com/watch?v=7hoFlmA5308

Ainsi, se termine cet épisode en quatre volets. Les épisodes précédents sont en ligne sur mon blog : https://lizcherhal.over-blog.com . 

Je vous dis à bientôt pour la suite des aventures, je pars courir, je me plie actuellement à un protocole de remise en forme très strict car dans 15 jours, j'intègre une compagnie de danse professionnelle. Et je n'ai pas envie de tout faire rater avec ma constitution ébranlable. 

A très bientôt. 

Liz 

 

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