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La vie extraordinaire d'une chanteuse normale.

LIZ CHERHAL - LE BLOG

Un clip et un matelas (Partie 2)

Moi-même dans mon bureau qui est encore mon bureau et qui n'est pas encore une chambre de convalescence.

Moi-même dans mon bureau qui est encore mon bureau et qui n'est pas encore une chambre de convalescence.

Sur le chemin du retour, j’ai demandé à Morvan si cela l’embêtait, avant que l’on se lance dans notre tournage d’images explicites mais belles ou l’inverse, de passer par Ikéa car j’avais besoin d’acheter un matelas ferme.

Un matelas ferme ?

Mais pourquoi, me demanderez-vous ?

Et bien parce que j’avais été sollicitée quelques temps auparavant par mon ami Philippe Sizaire pour devenir, pendant une semaine, son aide à domicile dans mon propre domicile.

Comme j’avais accepté, je devais, sous quinzaine, transformer mon actuel bureau de création musicale en chambre de convalescence d’ami.

En effet, mon ami Philippe, à qui j’avais fait des masques pendant le premier confinement (cf épisode : J'ai failli commencer mon roman )  , Philippe donc, se faisait opérer de je ne sais plus quelle partie de son corps et avait besoin pour sa convalescence d’être pris en charge par une famille d’accueil un mois durant.

Ne voulant pas devenir un poids pour ses proches, il avait alors décidé, au lieu de faire appel à une famille pendant un mois, de faire appel à plusieurs familles pour des durées de 1 semaine.

Je trouvais que c’était une très bonne idée.

Il y en aurait ainsi un petit peu pour tout le monde.

Lorsqu’il m’avait appelée pour me parler de cette recherche de famille d’accueil, c’était avant Noël.

J’étais à cet instant précis en train de faire des travaux dans ma future maison . Cette maison n'avait à ce moment-là pas de chauffage, pas de toilettes et était totalement pas finie.

J’étais couverte de poussière de placo-plâtre et je lui avais répondu que bien sûr, il pouvait compter sur une semaine de convalescence chez nous car en février, nos travaux seraient terminés et la maison serait rangée et propre.

J’avais annoncé ça à l’époque, mais maintenant que nous sommes arrivés en février, je me rends compte à quel point mes propos étaient erronés.

Ils étaient erronés mais finalement, ce n’était pas si grave de vivre dans une maison pas finie, l’important étant d’avoir présentement un toit sur la tête et des toilettes sous son cul.

Je lui avais donc dit que je me ferais une joie de l’accueillir chez nous et de m’occuper de lui pendant une semaine.

Il m’avait alors demandé si j’étais bien sûre de moi, s’il n’allait pas nous déranger car parfois, avoir quelqu’un chez soi une semaine durant peut être agaçant.

Je lui avais répondu que dans cette maison, la semaine de sa potentielle venue, nous serions déjà 6 occupants et qu’avoir un occupant de moins ou un occupant de plus n’allait pas changer grand -chose.

J’ajoutai que sa présence allait probablement passer inaperçue car quand on compare une bande de quatre adolescents avec un homme de 57 ans en convalescence post-opératoire, on sait déjà quels seront ceux qu’on entendra le plus.

On connaissait également l’identité de ceux qui réclameraient le plus d’attention et de nourriture.

Et clairement, ça n’allait pas être lui.

Ainsi, nous avons donc convenu que sa deuxième semaine de convalescence se passerait chez nous.

La seule condition qu’il posait était qu’il puisse dormir sur un matelas ferme.

Malheureusement, le matelas sur lequel j’aurais pu à ce moment-là le faire dormir n’était pas ferme du tout. Il avait, qui plus est, plusieurs années de bons et loyaux services à son actif et était d’ailleurs, comme preuve de son utilisation intensive, auréolé ça et là de différentes médailles : du café sans doute, du thé probablement, et puis d’autres tâches de liquides provenant de différents corps humains tous sexes confondus.

Autant des rockeurs et autres techniciens du spectacle vivant avaient pu dormir dernièrement sur ce matelas après un des fameux dîners que nous organisons depuis que nous habitons dans cette maison pas finie, autant je ne pouvais pas faire dormir mon convalescent pendant une semaine sur ce bouillon de culture. C’était une vraie mise en danger de la vie d’autrui.

Il fallait que je m’équipe. D’où mon besoin d’aller me fournir chez le géant suédois.

J’avais dans l’idée de le faire depuis un moment de toute manière.

La venue de Philippe me donnait donc l’occasion de réaliser enfin ce projet qui traînait depuis un moment sur une liste posée sur mon bureau.

Nous sommes donc allés chez le géant suédois.

Arrivés sur le parking, nous fûmes très étonnés de constater qu’il était vide.

Pas complètement vide, mais quand même assez vide.

Il y avait peut-être deux ou trois voitures …

C’était vraiment pas beaucoup.

Visiblement, les gens n’avaient pas le cœur à se meubler en ce moment.

Cela m’arrangeait, je n’aime pas trop quand il y a beaucoup d’humains rassemblés au même endroit.

En sortant de la voiture, vu le nombre de personnes potentiellement présentes dans le magasin, je promis à Morvan que cette histoire d’achat de matelas n’allait pas nous prendre longtemps.

Je m’engageai à choisir un matelas ferme en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire et encore moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire sur internet.

J’ajoutai qu’il pourrait ainsi, de façon certaine, finir le mixage de ma chorale. (oui, pour le prochain spectacle d’Hervé Maigret, dont je fais la musique avec Morvan, j’ai eu envie d’enregistrer une chorale mais comme c’est le covid, j’ai chanté toute seule toutes les parties de la chorale, c’était un peu long mais je ne me suis engueulée avec personne).

Morvan était content que ce projet d’achat soit rapide, car il n’aime pas trop être dans les magasins.

Il préfèrent de loin être dans son tout nouveau studio en OSB3 à composer et à mixer des trucs.

Nous commençâmes à marcher sur le parking.

L’endroit était quasi désert et ma joie de me dire « chouette, il n’y a pas grand monde », s’est transformée peu à peu en « oulala, ce parking est complètement désert, est ce que ce serait pas un peu flippant ? ».

Et la réponse à cette question mono-personnelle fut : oui, le parking d’ikéa, un mardi après-midi, quasi désert, c’est flippant.

C’est qu’il se passe quelque chose.

Quelque chose de pas très net.

Nous avons vu un vigile posté devant une porte de secours.

Il nous a regardé passer car nous étions les seules personnes à passer sur ce parking mais il ne nous a rien dit.

Puis nous sommes allés devant la grande porte d’entrée.

La grande porte au pied de l’escalator qui s’ouvre quand elle détecte une présence.

Et, alors que nous étions devant elle, cette porte ne s’est pas ouverte.

Elle ne s’est pas ouverte, car elle était fermée.

Elle était fermée un mardi après-midi.

Il n’y avait personne sur le parking.

Je me suis alors demandé si on n’était pas un jour férié.

On aurait pu être le 8 Mai, par exemple, ou le 25 Décembre, ou le 11 Novembre.

Mais non, on n’était aucun de ces jours là …

On était un simple mardi de février pas du tout férié.

C’était incompréhensible.

Morvan s’est gratté la barbe et m’a dit :

- Euh … il n’y a pas eu une annonce ces jours-ci comme quoi les boutiques de plus de 20 000 mètres carrés allaient être fermées … ?

Je n’en savais strictement rien.

Depuis qu’on avait déménagé, on n’avait pas réinstallé les chaines de télé sur notre télé, alors personnellement, je ne regardais plus les infos, alors que je faisais ça assidûment auparavant.

Je n’étais donc au courant de rien.

Mais il devait avoir raison car ce magasin était complètement fermé.

J’ai posé la question de la fermeture des magasins à internet, et j’ai trouvé un tas d’articles qui répondaient à ma demande.

C’était clairement fermé. Et tout le monde, sauf nous, avait l'air d'être au courant. 

Je ne pourrais donc pas acheter de matelas aujourd’hui.

Ça c’était bien ma veine.

J’étais dégoûtée.

 

On a fait demi-tour et on est remontés dans la Prat-Mobile.

Comme j’étais très embêtée, Morvan a voulu me changer les idées.

Il m’a dit :

- Allez, on va boire un coup au Petit Baigneur !

J’ai dit :

- N’importe quoi.

Il a alors dit :

- Tu préfères aller à la Trinquette ?

J’ai dit :

- Non

Il a dit :

- Et si ce soir on allait manger à la Javanaise.

J’ai soupiré, et j’ai dit :

- Non. On n’ira nulle part, ni là-bas ni ailleurs.

Il a dit :

- C’est vraiment pas drôle.

 

Et c’est vrai qu’il n’y avait rien de drôle là-dedans, et notamment moi.

 

Arrivés à notre désormais domicile commun, j’avais pas du tout envie de travailler.

Morvan a fait un café, il m’a dit :

- Tu veux un café ?

J’ai dit :

- Non, j’en ai marre de boire du café .

C’est vrai qu’on passait notre temps à boire du café, partout sauf dans des cafés. Alors j’en avais marre.

Mais bon, j’en ai quand même bu car je n’ai aucune parole.

Morvan m’a ensuite dit :

- Bon, je vais aller te mixer.

Et c’est ce qu’il a fait.

Il est parti dans le studio me mixer moi et ma chorale de moi-même, et je suis restée toute seule dans notre cuisine pas finie.

Je pensais à Philippe.

À son dos, à son opération, au fait qu’il fallait qu’il soit bien quand il serait chez nous … et j’avais pas de matelas pour lui.

Comment j’allais faire pour être une bonne aide à domicile si je contraignais mon vieil ami à dormir à même le sol, ou pire, à dormir sur un matelas sur lequel il pourrait contracter des maladies vénériennes.

Quand tout à coup, m’est venu à l’esprit un néologisme merveilleux : « click and collect ».

Mais bien sûr !

Je tenais la solution !

Et là, en l’espace de quelques minutes, j’ai commandé un matelas ferme que j’allais pouvoir aller chercher dès le lendemain sur le parking désert de ce grand magasin de plus de 20 000 mètres carrés.

J’aurais un matelas, sans avoir croisé un seul être humain, ni parlé à personne, et ça c’était vraiment 2021.

Bon, j’avais quand même laissé quelques plumes dans cette commande car pour avoir le droit de venir chercher le matelas sans parler à personne, j’avais été contrainte de m’inscrire au club Ikea Family.

Ayant une nouvelle famille depuis à peine deux mois, je n’avais pas très envie d’en avoir déjà une autre.

Mais bon, je n’avais pas eu le choix, je m’étais inscrite et j’avais donné la totalité de mes coordonnées personnelles.

C’était comme ça maintenant, c’était parce qu’on était en 2021.

Nous sommes allés chercher ce matelas. Ça nous a prit quasiment autant de temps pour le récupérer que pour tourner un clip car tout ne s’est pas déroulé tout à fait comme je l’avais prévu.

Mais l’important c’est de l'avoir récupéré et d'être fin prête pour accueillir Philippe. 

Ainsi je suis arrivée au bout de la deuxième partie de cet épisode.

Philippe dormira donc sur un matelas ferme pendant toute la durée de sa convalescence chez nous.

Morvan a fini de me mixer.

Je fais partie du club Ikéa Family.

Je vous embrasse, et je vous annonce, que je vais probablement rédiger la troisième partie de cet épisode qui vous racontera la suite du tournage et du montage de "Dis comment tu Ken ?" ou "DCTK" pour les intimes. 

Et il me semble que cette partie 3 est attendue.

Je ne comprends pas pourquoi.

Enfin, si en fait je comprends.

Mais dites-vous bien que souvent, ce qu’on imagine est bien plus extraordinaire que la réalité...

 

Liz

 

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