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La vie extraordinaire d'une chanteuse normale.

LIZ CHERHAL - LE BLOG

60 euros la blague, j'ai trouvé ça un peu cher.

60 euros la blague, j'ai trouvé ça un peu cher.

Cette journée avait commencé de manière tout à fait traditionnelle.

Pour un samedi. 

Nous avions tout d’abord décidé de nous rendre à un rassemblement d’artistes-intermittents du spectacle au cœur de la ville de Nantes.

La culture était en danger. 

En tant que professionnels de la culture, nous étions donc en danger. 

Il était donc important de sortir de l’appartement de Morvan pour mieux agir puisque, sortir, nous en avions désormais le droit. 

Arrivés au lieu de rendez-vous, nous avons été catastrophés.

Il y avait vraiment très peu de monde sur la place et autour de la fontaine. 

Quelques personnes étaient disséminées ça et là. 

C’était un peu comme s'il ne se passait rien. 

Et pire, parmi les intermittents présents, nous ne reconnaissions absolument personne. 

Aucun collègue, aucun chanteur, aucun musicien, aucun technicien.

C’était catastrophique. 

Les professionnels de la culture que nous connaissions étaient visiblement tous morts pendant la pandémie.

Ne restaient que quelques personnes qu’on ne connaissait pas. 

Comment cela était-il possible ? 

C’était absolument affreux. 

Je fus alors envahie d’une profonde tristesse.

Je dis à Morvan : 

- Morvan, c’est affreux, ils sont tous morts pendant le confinement.

Il me répondit :

- Tu es sûre qu’on est au bon endroit ? 

La question méritait d’être posée. 

Je m’empressais alors de consulter un de mes réseaux sociaux pour voir où notre collègue et néanmoins ami chorégraphe nous avait donné rendez-vous.

Et en effet, nous n’étions pas au bon endroit.

Je fus donc rassurée. 

Il restait sûrement quelques intermittents bien vivantquelque part ailleurs. 

Nous décidâmes alors de nous mettre en marche pour aller vers le bon endroit. 

Évidemment, notre erreur géographique nous avait retardéet quand nous arrivâmes sur le lieu de rassemblement, nous n’entendîmes que la fin du discours. La fin du discours et les applaudissements auxquels je participai avec entrain. 

Par chance, nous fûmes vite entourés par plusieurs semblables que nous connaissions et qui nous résumèrent les grandes lignes du propos. 

Nous y adhérions à 100 %. 

Parmi les personnes présentes nous aperçûmes ma collègue et néanmoins amie et néanmoins danseuse Julie. 

Julie fut ma coach de danse à l’époque où je préparais la création du concert L’Alliance. 

À cette époque, elle était ma collègue. 

Et c’était une très bonne collègue. 

Mais un jour, au sortir d’un entraînement de danse, nous sommes allées manger ensemble au restaurant. 

Ce jour-là, assise en face d’elle, j’ai parlé de quelque chose de très difficile que j’étais en train de vivre. 

En lui racontant, j’avais très envie de pleurer. 

Mais comme ce n’était que ma collègue, je faisais tout mon possible pour ne pas pleurer dans mon assiette de crudités.

Mais au bout d’un moment de paroles, ce n’était plus possible de ne pas pleurer.

Alors j’ai mis ma tête dans mes mains et je lui ai dit :

- J’ai envie de pleurer

Elle m’a regardée, j’avais toujours ma tête dans mes mains, et elle m’a dit :

- Tu peux pleurer si tu as envie de pleurer. 

Du coup, j’ai pleuré. 

Ainsi, elle est un peu sortie de la case collègue pour entrer dans la case amie. 

Voilà pourquoi elle est ma collègue, et néanmoins danseuse et néanmoins amie.   

Bref, nous étions ce samedi, sur la place Graslin et pas ailleurs car la culture était en danger et nous avions le projet de participer à quelque chose qui allait peut être permettre à la dite culture et à nous même d’être un peu moins en danger. 

Ce projet s’appelait « ouvrir l’horizon ». 

C’était un projet de création en commun de petites formes de spectacles pluridisciplinaires qui auraient la capacité et la particularité de pouvoir être jouées à peu près partout, dans toutes sortes de lieux incongrus.  

On pouvait également dire que « Ouvrir l’horizon » était un genre d’AMAP artistique puisqu’il s’agirait ensuite aux villes du 44 d’acheter nos petites formes de spectacles pluridisciplinaires, sans savoir au moment de l’achat, quel était le contenu du spectacle et l’identité des artistes engagés pour l’occasion.

Un vrai saut dans l’inconnu quoi. 

Une confiance aveugle. 

Exactement comme dans des paniers de légumes de l’Amap. 

J’aimais beaucoup cette idée de paniers d’artistes. 

Nous avions décidé quelques jours auparavant avec la dite Julie et l’habituel Morvan de nous unir pour participer au projet « Ouvrir l’horizon » en créant ensemble un spectacle absolument pluridisciplinaire que nous intitulerions « Bonjour-Aurevoir ». 

Je ne peux pas vous en dire plus pour l’instant au sujet du contenu de ce spectacle car à l’heure où j’écris ce texte, le spectacle en question n’existe pas du tout. 

Mais absolument pas. 

Même pas en rêve. 

On en connaît les grandes lignes, mais tant qu’il n’est pas créé, tout peut encore basculer. D’un côté comme de l’autre. 

(Au passage, s’il y a des artistes qui sont en train de lire cet épisode et qui se disent : « tiens, moi aussi j’aimerais participer à ce projet d’Amap artistique en proposant une petite forme artistique pluridisciplinaire à des villes du 44 », allez sur la page Facebook « Ouvrir l’horizon », tout y est expliqué et tout y est compréhensible)

Nous fîmes donc le point avec Julie et Morvan, au pied du théâtre Graslin, sur nos jours de répétitions pour « Bonjour-Aurevoir », nous décidâmes que ce spectacle pourrait convenir à des enfants et nous nous saluâmes teque nous le faisons tous désormais dans le milieu, à savoir, en se donnant mutuellement des coups d’avant-bras. 

C’est à ce moment-là que les gens ont commencé à se disperser d’eux-mêmes, sans l’intervention d’aucun CRS, ce qui est notable car plutôt rare. 

Et nous sommes rentrés chez Morvan .  

A notre arrivée à l’appartement, nous fûmes accueillis par un adolescent qui nous dit : 

- Mais c’est Morvan Prat et Liz Cherhal ?!

Il avait raison, c’était bien nous-mêmes.

Il avait l’air visiblement heureux de nous voir, ce qui est notable car plutôt rare. 

Comme il était presque 14h30, Morvan se mit à préparer un repas pendant que je me mettais sur notre deuxième dossier de la journée : se creuser les méninges pour trouver à moindre coût et avec les moyens du bord un déguisement pour aller à une soirée qui avait lieu le soir même dans le 44. 

Alors que nous étions chacun à traiter notre dossier respectif, un autre adolescent dont j’ignorais totalement la provenance mais pas l’existence, vint nous voir pour nous annoncer qu’il ne pourrait malheureusement pas participer au déjeuner de ce jour car il avait un tournoi de jeu vidéo en ligne qui démarrait à 15h pile. 

Soit l’heure précise à laquelle allait démarrer notre repas. 

Oui, je sais c’est un peu tard 15h pour un déjeuner, mais bon, c’était parce que la culture était en danger. 

Son annonce ne nous posa pas vraiment problème, car en règle générale, rien ne nous pose vraiment problème. 

Nous prenions bonne note de son annonce, l’autorisâmes à sécher le repas pour cause de priorité aux jeux vidéos et nous nous remîmes à traiter nos dossiers urgents à savoir pour Morvan : préparer un repas pour un nombre de convives qui venait de diminuer et pour moi : trouver un déguisement pour accéder à la soirée déguisée qui elle-même nous permettrait d’accéder à des bières en pression tout en faisant des blagues avec des personnes déguisées également.

Pour gagner en productivité et tirer les dépenses vers le bas, nous décidâmes que le soir même, pour être bien assortis et ne laisser ainsi planer aucun doute sur le bien fondé de l’existence de notre couple, nous porterions chacun notre gilet à capuche rayé de type marinière, gilets achetés il y a quelques années en bord de mer. Un ré-emploi soit une belle économie !  

Il suffisait ensuite de nous trouver deux bonnets rouges, et nous aurions ainsi la possibilité d’aller à la dite fête en clamant que nous étions les commandants Cousteau. 

Ceci nous permettrait à coup sûr de rentrer dans cette soirée. 

C’était simple. C’était efficace. 

Alors que Morvan vidait un sachet picard dans une poêle, je commençai à chercher la boutique miraculeuse qui serait en capacité de nous vendre des bonnets en cette saison. Je vous rappelle que nous sommes en Juin. 

C’était donc vraiment compliqué. 

Il me faudrait y consacrer plusieurs heures. 

Mais le repas étant prêt, je laissai tomber ce dossier pour participer à ce moment de regroupement familial autour d’un bon plat à base de surgelés cuisiné par cet homme que j’aime au-delà de tout soupçon. . 

Autour de la table, nous n’étions donc que 4 personnes. 

Au lieu de 5. 

L’un des 2 adolescents présent nous demanda où était le convive manquant. 

Pour ne pas mettre à mal notre autorité parentale j’ai annoncé aux deux adolescents que la personne manquante avait été punie, qu’elle était privéde repas du midi, qu’elle n’avait pas le droit de sortir mettre le nez dehors alors qu’il faisait très beau et que surtout, elle avait pour obligation de rester toul’après-midi dans sa chambre à faire des jeux vidéos.

J’ajoutai que c’était comme ça et que je ne voulais rien entendre de plus.

Les deux adolescents présents se mirent à rigoler. Morvan également. 

Nous mangeâmes ainsi dans la bonne humeur et le laxisme. 

À la fin du repas, Morvan vint se joindre à moi pour m'aider à traiter le dossier : trouver un magasin qui vend des bonnets rouges au mois de juin. 

Nous essuyâmes plusieurs échecs auprès des magasins de sport du coin, ainsi qu’auprès des grands surfaces et des magasins de déguisements. 

Alors que j’étais prête à abandonner le projet, même si c’était notre projet, Morvan eut l’idée lumineuse d’appeler un magasin un peu luxueux spécialisé dans les vêtements de marin. 

Et là bingo ! 

Le dit magasin avait en stock, contrairement à toutes les autres boutiques qu’on avait contactées, deux bonnets rouges en laine. 

Morvan questionna le vendeur pour en connaître le prix. 

J’approchai alors mon oreille du combiné et entendit la chose suivante. 

- C’est 29 euros le bonnet. 

Oh purée, ça faisait cher la blague. 

Mais bon c’était une bonne blague. 

Et il ne faut jamais manquer une occasion de rigoler. 

Le vendeur promialors à Morvan de nous réserver les bonnets jusqu’à ce qu’on vienne les chercher. 

Personnellement, je ne savais pas si c’était très utile de nous les réserver car je ne voyais pas ce jour-là, qui, à part nous, allait acheter des bonnets. 

Notre café bu et re-bu, nous nous mîmes, en route vers cette boutique de luxe situé dans un passage nantais de luxe. 

Dans la boutique, je m’adressai à la vendeuse en ces termes.

- Bonjour, nous avons téléphoné tout à l’heure car nous voulons acheter des bonnets rouges. 

Elle nous regarda et dit :

- Ah ! c’est vous ! 

Dans ma tête j’entendis, « ah c’est vous les deux couillons qui achetez des bonnets au mois de Juin … ». 

Et oui c’était nous. 

Elle sortiles bonnets de dessous son comptoir et nous les présenta délicatement. 

(Elle nous les présenta délicatement car je vous rappelle ici qu’on était dans une boutique un peu luxueuse, donc les choses ici, sont présentées délicatement). 

Elle nous dit alors que la laine utilisée pour faire ces bonnets était de la laine dite Mérinos et que ceci était fait à Quimper. 

À Quimper ?

Magnifique ! 

Je dis alors à Morvan :

- À Quimper, mais c’est de là que tu es originaire, non ? 

Il me répondit, et tout ça sous les yeux de la vendeuse : 

- Ah non, pas du tout. 

Ce fut gênant. 

Il n’était pas de Quimper, et je l’apprenais en même temps que vous. 

Toujours est-il que la vendeuse ajouta alors, que ce bonnet en laine Mérinos fait à Quimper était un bonnet connu car c’était le même que celui du commandant Cousteau. 

Alors ça ! 

En plein dans le mille ! 

Notre costume allait être absolument parfait ! 

Je payai comptant à l’aide de notre carte commune reliée à notre compte commun et nous sortîmes. 

Je trouvais ça quand même toujours un petit peu cher pour une blague de soirée déguisée mais Morvan me rassura en me disant qu’à ce prix, on pouvait être sûrs qu’ils s’agissait de supers bonnets. 

Et nous rentrâmes à l’appartement. 

Il était déjà 19h, nous étions samedi et je n’avais absolument pas commencé à rédiger mon épisode du dimanche … j’avais donc beaucoup de retard. 

Mais je l’ai visiblement rattrapé ce retard puisque nous sommes présentement dimanche, et que je viens de publier un épisode. 

J’ai le sentiment du travail accompli. 

J’espère que cet épisode qui se termine abruptement, comme d’habitude, vous a plu. 

La semaine prochaine nous serons tous les jours à Stéréolux avec Morvan, Nicolas, Jérome, Philippe et Fred pour créer le son et lumière de 28Saphyr. 

J’ai le projet d’écrire chaque soir un épisode pour vous raconter chaque journée et de le publier sur la page de 28Saphyr. 

Ça me donnera chaque soir, le sentiment du travail doublement accompli : création du spectacle + rédaction de l’épisode. 

J’espère que je vais réussir à accomplir correctement les deux mais, en toute franchise, je ne sais pas si c’est humainement tenable. 

Je vous embrasse,

Liz

 

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