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La vie extraordinaire d'une chanteuse normale.

LIZ CHERHAL - LE BLOG

Arnold et Willy m'ont sauvé la vie

Arnold et Willy m'ont sauvé la vie

Comme la plupart d’entre vous j’imagine, j’ai passé les premiers jours de confinement à nettoyer, balayer, astiquer, kaz la toujou penpan. 

Oui, exactement. 

Au bout de seulement trois jours d’enfermement et de désoeuvrement professionnel, mon appartement était devenu tellement propre et ordonné que je ne me sentais même quasiment plus chez moi. 

C’était tout à fait étonnant car j’étais bien chez moi. 

On ne va pas se mentir, je n’étais pas hyper bien à cette période, mais j’étais bien chez moi. 

A l’aube du quatrième jour, je me réveillai complètement déprimée car désoeuvrée. 

Je n’avais plus aucune pièce à nettoyer, plus rien à balayer, ma kaz la était toujours penpan.

Comme tout était absolument nickel, je me mis alors à errer mollement de piècen pièce, ma couverture pondérée sur les épaules, activité qui aurait pu s’apparenter vu le poids de l’objet, à un genre de sport, mais qui en réalité n’en était pas du tout un. 

Ce n’était pas un très joli spectacle contrairement à ceux que je peux faire quand on m’en laisse la possibilité. 

Tout à coup, en pénétrant dans mon salon-studio-cuisine-bureau, je m’aperçus que dans cette pièce, il y avait un placard auquel je n’avais absolument pas touché. 

C’était le placard qui renfermait le chauffe-eau. 

Je n’ouvrais jamais ce placard car je ne regardais jamais mon chauffe-eau. 

Ce qui est peut-être un tort. 

Ou peut-être pas. 

La perspective d’avoir un dernier endroit à nettoyer-balayer-astiquer-kaz-la-toujou-penpan me réjouit au plus haut point. 

Ce fut d’ailleurs, ce jour-là, une de mes plus grandes réjouissances.

Vous dire si le plaisir était à ce moment-là une notion bien lointaine.

Je me dirigeai vers le placard et l’ouvris. 

Mais quel bonheur ! Ce placard était absolument immonde. Il me fallait le nettoyer. 

J’étais soulagée d’avoir enfin trouvé un but à ma journée. 

Je décidai alors de le vider entièrement afin d’enlever l’épaisse couche de poussière qui recouvrait le sol. 

Cette poussière était visiblement présente dans le placard depuis un long moment. J’habitais dans ce logement depuis 10 mois. Cette poussière y habitait depuis beaucoup plus longtemps. 

Alors que je ramassais les objets divers et variés qui jonchaient le sol de ce placard, je remarquai qu’une certaine humidité recouvrait certains objets. 

Et plus je ramassais des objets venant du fond du placard plus ces objets étaient humides. 

Puis, en regardant attentivement les plinthes tout autour de ce placard, je remarquai avec une certaine inquiétude qu’elles avaient perdu tout de leur finesse de plinthe d’antan …

Elles étaient bien curieusement boursouflées … 

Du bois boursouflé, des objets humides, il y avait visiblement un problème car je sais de source sûre, qu’on n’a jamais trouvé de source dans un placard renfermant un chauffe-eau . 

Non, une source dans un placard, ça n’existe pas. 

Par contre des fuites d’eau, ça existe. Et je le sais de source sûre.

Je me mis alors à 4 pattes, et la tête la première je suis allée inspecter la tuyauterie. 

Fille de plombier, ce genre d’inspection n’avait aucun secret pour moi et je localisai immédiatement la soudure défectueuse responsable des dégâts. 

Dans ce cas précis, la soudure était tellement pourrie, que même si je n’avais pas eu le gène de la plomberie dans mes veines, il ne fallait vraiment pas avoir fait un C.A.P-plomberie pour comprendre d’où venait le problème. 

Cette soudure avait cédé et de minuscules gouttes d’eau tombaient les unes après les autres sur le sol du placard. 

Minuscules mais dévastatrices. 

Je comprenais alors pourquoi le parquet depuis quelques mois, s’épaississait par endroit, tout autour du dit placard. 

Tout devenait extrêmement clair. 

Je regrettai alors de ne pas m’être préoccupée plus tôt du nettoyage de cet endroit. 

Cela m’aurait permis de découvrir la source, enfin la fuite et j’aurais pu mettre fin plus tôt à l’avancée inéluctable de la dévastation. 

Nous étions donc le 4ème jour de confinement, je n’étais pas encore sortie de mon appartement car j’étais hyper angoissée par le virus et j’avais une fuite d’eau chez moi. 

Une fuite d’eau qui nécessitait l’intervention à mon domicile d’un professionnel de la profession. 

D’un plombier quoi. 

Et chez moi, dès qu’il s’agit de faire appel à un plombier, directement, je pense à mon père. 

(Si tu veux en savoir plus sur mon père, je t’invite à écouter la chanson L’homme Chrysanthème sur mon premier album « Il est arrivé quelque chose ». )

Je décidai donc de l’appeler. 

Non, c’est faux. 

J’aurais aimé l’appeler et lui demander de venir avec une dérogation et sa boîte à outil de plombier pour ressouder mes tuyaux, mais c’était tout bonnement impossible car il était mort. 

Et bien mort. 

Tellement mort qu’il ne pouvait plus rien réparer. 

Penser à lui me donna envie de pleurer et comme je n’ai pas pour habitude de garder mes émotions en moi, c’est ce que je fis. 

Devant mon chauffe-eau. 

Ce n’était pas très beau à voir. 

Mais comme mon coloc était avec moi, je repris vite le contrôle de la situation. 

L’émotion passée, je décidai de me prendre en main , vu qu’il n’y avait aucun autre adulte que moi dans cet appartement. 

Je décidai donc de prendre mon téléphone et d’appeler un plombier vivant. 

Ce serait plus efficace pour arriver à mon but ultime : la réparation de la soudure. 

Je trouvai très facilement le numéro d’une entreprise de plomberie dans les pages jaunes d’internet, et au téléphone, on me promit que quelqu’un allait arriver chez moi dans les trente minutes. 

Trente minutes ? 

C’était impeccable. 

J’ai informé Morvan de l’arrivée imminente de ce professionnel inconnu à mon domicile. 

Je préviens toujours Morvan quand un inconnu vient à mon domicile car comme ça, si je suis retrouvée morte, Morvan sait qui est la dernière personne à m’avoir vue et peut ainsi, son chagrin de m’avoir perdue passé, aider la police à pincer le coupable. 

Pour l’instant, mes précautions n’ont jamais servi, car rien de tel ne s’est jamais produit. 

Je touche du bois. Mais malheureusement, du bois gondolé.

Ainsi, à peine trente minutes après le coup de fil, le professionnel de la profession est arrivé. 

Il est rentré chez moi et m’a fait signer de loin un papier dans lequel je m’engageais à respecter les consignes de distanciation. 

Il s’est ensuite mis devant le chauffe-eau, il a constaté les dégâts et a dit : 

- Oh non ! Ça c’est chiant pour un vendredi! 

On était donc vendredi. 

Personnellement, sans cette indication je n’aurais pas su quel jour on était, mais très sincèrement, cette fuite, si je la trouvais chiante pour un vendredi, je l’aurais trouvée tout aussi chiante un jeudi ou un samedi. 

Alors que dans ma tête, je réfléchissais à tout ça, le professionnel a dit : 

- Bon ! 

Et en râlant, il quitta mon appartement. 

Je ne savais pas trop à quoi m’en tenir. 

Est-ce qu’il était parti chercher ses affaires, où est-ce qu’il était parti tout court. 

Je n’en savais rien. 

Et comme j’avais peur de sortir de chez moi, je ne l’ai pas suivi. 

5 minutes se passèrent. 

Durant ses 5 minutes, il ne se passa rien. 

10 minutes passèrent.

Durant ses 10 minutes, il ne se passa pas grand chose de plus. 

J’étais perdue. 

Est-ce qu’il fallait considérer que son intervention était finie ou est-ce qu’il fallait considérer que son intervention n’était pas commencée. 

Je n’en savais rien du tout. 

Je marchais de long en large dans mon appartement en essayant de répondre à cette question. 

15 minutes passèrent. 

Mon coloc qui avait assisté à tout cette scène me demanda : 

- Mais il est où le plombier ? 

Je lui répondis que je ne savais pas. 

Il me dit alors : 

- Bah je crois qu’il s’est cassé. 

C’était peut être vrai. 

Peut-être pas, je n’en savais strictement rien. 

Tout à coup, j’entendis la porte d’entrée s’ouvrir. 

Mon dieu ! 

Il revenait. 

Il revenait avec du matériel de soudure et s’installa dans mon salon pour se mettre au boulot. 

Qu’avait-il fait pendant cette vingtaine de minutes, je n’en savais rien et je n’avais de toute manière pas envie de le savoir. 

Ainsi ont commencé 3 heures interminables, où il allait et venait sans cesse, de la salle de bain au salon, tout en pestant et jurant. 

Comme j’avais signé à son arrivée, je vous le rappelle, un papier qui m’engageait à respecter les consignes de distanciation sociale, je m’engageai donc à ne pas l’approcher. 

Mais comme je vivais dans un appartement peu grand, je m’engageais donc à passer les prochaines heures dans ma chambre . 

Et comme, même si j’étais la seule adulte de cet appartement, je n’étais pas tout à fait toute seule dans le dit appartement, je m’engageais donc à passer les prochaines heures dans ma chambre avec mon coloc. 

Voilà. C'était une sacrée perspective. 

Nous nous sommes alors assis sur mon lit comme deux adolescents un mercredi après-midi, alors qu’en réalité j’étais vieille, il était très jeune et que nous étions vendredi. 

De là, nous entendions des « merde » et des « putain » qui s’échappaient régulièrement du salon. 

Un sacré langage. 

Avec ce genre de vocabulaire, ce professionnel ne pourrait jamais sponsoriser une de ses interventions sur facebook, mais je pense qu’il s’en contrefout. 

(cf épisode : "J'ai presque fait un télétravail"  http://lizcherhal.over-blog.com/2020/04/j-ai-presque-fait-un-teletravail.html). 

Toujours assis sur mon lit et au sommet de notre ennui, mon coloc farfouilla dans le placard de ma chambre et en sortit un exemplaire du livre-disque « Ronchonchon et Compagnie ». Le seul exemplaire en ma possession. 

Nous nous mîmes à le parcourir. 

Regarder ce livre-disque vieux d’une dizaine d’années me fit remonter tout un tas de souvenirs de cette époque et il faut bien le dire, cela m’émut. 

Ce qui ne m’émut absolument pas, c’est de me reprendre en pleine figure à quel point les dessins de cet ouvrage sont affreux. 

Car les dessins de ce livre-disque sont vraiment affreux. 

C’est affreux de dire ça d’un de mes propres livre-disques, mais que pouvons-nous dire de ces dessins si ce n’est qu’ils sont affreux. 

Mais attention, ne vous méprenez pas, j’ai beaucoup d’affection pour ce livre-disque, j’en aime énormément les chansons et j’ai d’excellents souvenirs de sa création et de son enregistrement. Ceci est un fait et c’est indiscutable. 

Mais il se trouve que je trouve les dessins affreux, et qu’aujourd’hui 10 ans après sa sortie, je le pense encore. 

C’est affreux. 

C’est affreux mais ce n’est pas bien grave que ce soit affreux car cet ouvrage a distrait de nombreux auditeurs et n’a jamais tué personne contrairement à qui vous savez. 

Et regarder ce livre nous a bien occupés.

Ce qui nous a occupés également, c’est d’essayer de retrouver d’une page sur l’autre les personnages qui avaient été copiés-collés au lieu d’être re-dessinés. Ce fait rajoutait, je pense, de l’affreuseté à la chose. 

On se demandait bien qui était responsable de cette horreur dans sa globalité. 

Je n’en avais pas la moindre idée alors que j’étais moi même une des co-auteurs de l’ouvrage. 

Et ça aussi c’était affreux. 

Nous décidâmes donc de chercher le nom du dessinateur dans les crédits.

Curieusement, aucun nom ne figurait. 

Je pense que le ou les responsables avaient eu trop honte pour signer leur méfait, c’était évident. 

Nous décidâmes alors de reposer ce livre que j’aime malgré tout dans mon placard. 

Il en ressortira probablement lors de la prochaine pandémie. 

D’ici là, j’aurai oublié à quel point ces dessins sont affreux. 

Nous étions donc toujours dans ma chambre et le plombier, lui, était toujours dans mon salon. 

Le chantier n’était pas fini. Il fallait donc que je trouve une nouvelle activité pour faire passer le temps. 

Je décidai alors que notre prochaine activité consisterait à écouter le journal de confinement de Wajdi Mouawad. 

C’est mon ami François qui m’avait parlé la veille de ce podcast. 

Il m’avait raconté que chaque jour, cet artiste s’enregistrait durant une quinzaine de minutes, parfois plus, parfois moins et diffusait les épisodes sur la page de son théâtre. (https://www.colline.fr/spectacles/les-poissons-pilotes-de-la-colline)

François se demandait si pour faire ce podcast, Wajdi Mouawad improvisait ce qu’il disait ou s’il écrivait en amont.

À ce moment-là, lors de cette discussion sur skype avec François, je n’avais encore rien écouté de ce podcast. Cela ne m’empêcha absolument pas d’avoir un avis et une réponse à la question que se posait François sur l’écriture en amont ou pas de Wajdi Mouawad. 

Moi, ce que je pensais c’est qu’ il n’écrivait pas en amont. Il devait écrire quelques grandes lignes et broder verbalement autour. 

Pour moi, c’était tout bonnement impossible d’écrire tous les jours un texte de 15 minutes. 

Pour avancer mes propos, je me basais tout simplement sur ma propre expérience d’écriture. Comme je passais un temps immense lorsqu’il s’agissait d’écrire un épisode de mon blog, j’imaginais que c’était également le cas pour Wajdi Mouawad. 

Il ne pouvait pas écrire un texte aussi long chaque jour. C’était littérairement parlant impossible. 

Sûre de ma théorie, je lançai à travers ma chambre le premier épisode de ce podcast. 

En une minute à peine, ma théorie du « il écrit deux-trois grandes lignes et puis il improvise autour » s’écroula complètement. 

La richesse de ses mots et ses tournures étaient telles qu’il était plus qu’évident qu’il ne s’agissait pas du tout d’un homme en train d’improviser devant son dictaphone. 

Non, c’était un auteur qui lisait ses écrits. 

Ses écrits qu’il avait le jour même écrits. 

Il les lisait tous les jours, il écrivait donc tous les jours. 

Et il écrivait donc beaucoup plus vite que moi. 

D’un coup, avec mes heures passées devant mon ordinateur pour écrire un épisode par semaine, je me suis sentie d’une nullité. Mais d’une nullité …vraiment . 

Et puis, pour ne rien arranger quant à l’image que j’avais de moi même à ce moment-là, je peux vous dire, que Wajdi Mouawad, lui, n’écrivait pas pour raconter qu’un plombier était venu chez lui. 

Oh non, ses écrits étaient d’un tout autre niveau intellectuel. 

Ça m’a vraiment foutu un coup au moral. 

Je me suis sentie ratée, nulle, inefficace, mauvaise, vide, improductive, négligeable, creuse et insignifiante. 

Et je pèse mes mots. 

Je ne voyais plus qu’une solution, aller dans mon salon, ingérer le gaz d’une des bonbonnes que le plombier utilisait pour faire les soudures et alléger la planète de ma présence inutile et de mes écrits futiles, écrits que je ne suis même pas capable d’enregistrer à l’aide d’un dictaphone. 

Oui, c’est ça que je pensais à ce moment là. 

Dans ma chambre. 

Et puis, sans que je comprenne pourquoi m’est revenu dans la tête la chanson du générique de « Arnold et Willy » qui disait : Faut de tout pour faire, faut de tout pour faire, faut de tout pour faire un monde. 

Et cette phrase résonna dans mes oreilles. 

Ils avaient raison Arnold et Willy. Mr Drummond aussi. 

Il faut de tout pour faire un monde. 

Ce n’est pas parce que Wajdi Mouawad écrit plus vite et mieux que moi que je ne dois plus écrire. 

On est différent, c’est tout. 

Alors rassurée sur le bien fondé de ma présence sur cette planète, je sortis de ma chambre pour aller constater où en était le chantier. 

Alors que je pensaiêtre arrivée à la fin d’un épisode, la vive odeur de brûlé que je sentis en pénétrant dans mon salon me fit rapidement comprendre que l’épisode n’était absolument pas fini. 

Je ne le savais pas encore, mais je me trouvais à ce moment-là au tout début d’une épopée qui allait nécessiter de faire venir à mon domicile un autre professionnel d'un tout autre corps de métier.  

Et je ne manquerai pas de vous le raconter. 

Je vous laisse ici, que vous soyez dans votre chambre ou ailleurs. 

Si mon épisode vous a plu, mettez-moi un pouce levé ou un petit commentaire gentil. Ça ne me rapporte absolument rien mais ça me fait tellement plaisir. 

A très bientôt 

Liz

 

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