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La vie extraordinaire d'une chanteuse normale.

LIZ CHERHAL - LE BLOG

Mon plan à 3 s'est transformé en plan à 4.

Aujourd’hui, j’ai appelé Nicolas, mon manager sur skype. 

Enfin, il n’est pas mon manager sur skype. Non, il est mon manager dans la vie professionnelle. 

Je n’ai besoin de personne pour me manager sur skype … enfin ! 

 

Bref, je l’ai appelé. 

Quand il a décroché j’ai tout de suite vu qu’il n’allait pas bien. 

Il n’avait pas bonne mine et ce n’était pas uniquement à cause du fait qu’il portait un tee-shirt vert en lieu et place de ses habituelles chemises à motifs que j’aime beaucoup.  

Sa mauvaise mine était due à notre situation professionnelle absolument désastreuse qui n’allait pas, contrairement à d’autres pans de l’économie française, retrouver son état d’antan à partir du 11 Mai. 

 

Je lui ai dit : 

- ça va ? 

Il m’a dit : 

- Non.

J’ai dit : 

- Mince. 

Il m’a dit : 

- Je ne sais même plus quel jour on est. 

Je lui ai dit : 

- On est jeudi. 

Il m’a dit : 

- Non !!!!!!!???? 

J’ai dit : 

- Si ! 

Il m’a dit : 

- Tu sais combien j’ai reçu de mails hier ? 

J’ai dit :

- Non. 

Il m’a dit : 

- Zéro. 

 

Ohlala.

Zéro mail, c’était peu. 

Zéro mail, alors qu’on était un jour en pleine semaine du mois d’avril, c’était vraiment très très peu. 

 

Alors que nous avions tous les deux envie de pleurer, nous fûmes sollicités sur skype par un autre participant.

Qui était ce participant ? 

Je vous le donne en mille ! 

C’était Morvan !  

Il souhaitait entrer dans la conversation. 

 

Si son but était de se faire remonter le moral, il ne toquait vraiment pas au bon endroit. 

On lui permit néanmoins de nous rejoindre. 

 

Nous étions désormais trois. 

Et on était bien avancé. 

 

Morvan se rendit tout de suite compte que Nicolas n’allait pas bien. 

Il lui dit : 

- Mais Nico, tu ne mets plus de chemises pour aller au bureau ? 

Non, Nico était désormais en tee-shirt. 

Un signe que ça n’allait pas du tout. 

 

Je fis remarquer à Morvan, que pour ma part, solidairement avec Nico, je ne prenais plus la peine de me laver les cheveux avant les réunions. 

 

Chacun chez soi, nous étions tous au plus haut du plus mal.

 

Nous parlâmes alors brièvement de la sortie de l’EP de 28Saphyr qui avait été repoussée du mois d’avril au mois de Septembre. 

Fabriquer cet EP était à peu près la seule chose professionnelle que nous pouvions faire avancer en ce moment. 

 

Nicolas nous parla alors des codes ISRC pour cet EP. 

 

Maman, un code ISRC c’est un numéro, un genre de code secret qui est attribué à chaque chanson existante sur cette terre, enfin, en France tout du moins. 

Ce code fait partie intégrante de la chanson et permet à la dite chanson d’être repérée quand elle passe en radio ou quand elle est écoutée en streaming sur Deezer ou Spotify. 

Grâce à ce code, les auteurs-compositeurs sont rémunérés en droits d’auteurs pour leur travail. 

 

(NB: Ne me demandez pas combien sont rémunérés les auteurs compositeurs quand leur musique est écoutée sur les plateformes en ligne, je ne répondrai pas car nous sommes assez déprimés comme ça.)

 

En tout cas, à chaque fois qu’on sort un disque, on fait les choses bien et on demande des codes ISRC pour les chansons. 

De toute façon, c’est obligatoire. 

Et chez nous, c’est Nicolas qui s’occupe de ce dossier. 

 

Sans aucune conviction, Nicolas nous a alors dit : 

- Bon, je vais faire la demande de code ISRC pour les titres … 

 

Nous nous sommes alors regardé avec Morvan car, la demande de code ISRC, Nicolas l’avait déjà faite y a une semaine. 

Mais visiblement, il avait oublié. Il était en train de perdre la boule. Complètement. 

C’était affreux. 

 

On s’est donc permis de lui dire. 

- Mais Nicolas, les codes, on les a. Tu les as demandés et obtenus la semaine dernière.  

Il a alors répondu, au bord de l’Ohio  : 

- Ah bon ? Bon … je vous crois. 

 

Ohlala. Ça allait très très mal. 

 

C’est alors que nous avons été sollicités par une 4ème personne qui souhaitait rejoindre notre conversation tellement joyeuse. 

 

C’était Jérome. 

Jérome est  ingénieur du son. 

Il fait le son de L’Alliance, il fait le son des Pirates.

Il a failli faire le son de 28saphyr, mais ça avait été annulé. 

Il est donc notre ingénieur du son. 

Je pense qu'il est également et néanmoins notre ami. 

 

Vous le savez peut être, dans notre milieu professionnel, la frontière entre le statut de collègue et le statut d’ami est parfois assez flou. 

Au moins, avec Jérome, il n’y a pas d’ambiguité. 

 

En effet, je pense qu’à partir du moment où je vois un collègue, chez ma mère, à quatre pattes dans la cuisine, en train de réparer le lave-vaisselle, tout ça à 9h du matin, tout en disant à ma mère : « Catherine, à quelle heure tu veux que je commence à éplucher les légumes pour la poule au pot ? »,  je pense qu’on peut tout à fait considérer qu’il est un ami. 

 

Les simples collègues ne font pas ça. 

Mais moi, un jour, j’ai vu Jérome faire ça chez ma mère. 

 

Ce même jour, mais un peu plus tard, alors que nous étions toujours chez ma mère avec d’autres participants, je me suis entendue demander à Jérome, alors que je venais de finir une bière :

- Euh ... est-ce que tu sais où est ce qu'on stocke le verre dans cette maison ? 

(Je rappelle que nous étions dans la maison de ma propre mère). 

Il m’avait répondu : 

- Bah oui, dans l'arrière cuisine. 

 

Donc, oui, je pense que Jérome est un ami. 

 

Bref, il voulait rejoindre notre conversation sur skype. 

Car c'est ça que je raconte actuellement. 

Je parle de cette fameuse conversation déprimante où nous étions déjà trois déprimés. 

 

Morvan nous proposa alors d'accueillir Jérome avec une blague. 

C’était une bonne idée, ça allait tous nous remonter le moral ! 

 

Mais quelle genre de blague est-il possible de faire sur skype en plein confinement …? 

Et surtout il fallait trouver une blague hyper rapidement car il sonnait déjà à la porte de la conversation. 

 

On s’est donc tous creusé la tête très vite. 

 

Un objet !! Il fallait qu’on prenne tous les trois le même objet !

C’était bien, ça ! 

Mais, les 3 mêmes objets, hormis le fait que c’était difficile à trouver en moins de 5 secondes, alors qu’on était chacun chez soi, c’était pas hyper drôle … 

 

C’est là que Morvan eu une idée de génie. Il nous a dit : 

- On prend tous une chaussette et on fait des marionnettes à la place de nos têtes. 

 

Une putain de bonne idée. 

 

Voilà comment on s’est retrouvés, un jour, en plein milieu d’une semaine du mois d’avril, Morvan, Nicolas et moi, à faire parler nos mains droites respectives recouvertes d’une chaussette devant nos ordinateurs alors qu’on était, je le rappelle, des professionnels du spectacle vivant. Mais à ce stade de l’histoire, je pense que tout le monde l’a oublié, nous les premiers. 

 

Mon plan à 3 s'est transformé en plan à 4.

Ça a eu le mérite de surprendre Jérome et de le faire rigoler. 

Jérome est un très bon client de nos conneries. 

Il faut l’être de toute façon pour partir en tournée avec nous, sinon ça ne peut pas marcher et ça peut même, parfois, tourner à la catastrophe. 

Mais j'y reviendrai une autre fois. 

 

La blague passée, nous discutâmes de la situation. 

Il n’avait pas le moral. 

Lui, non plus ? Mon dieu … on était vraiment mal barrés. 

 

De ce que j’ai compris, depuis le début du confinement, il donnait ses habituels cours par internet au lieu de se rendre dans l’école de son, mais que dernièrement, comme il avait atteint le nombre d’heures de cours qu’il avait le droit de faire pour cette année, on lui avait demandé d’arrêter de donner ses cours. C’est ce que j’ai compris. 

Il n’avait plus d’activité. 

Il n’avait donc pas le moral. 

Et il venait sur skype avec nous. 

 

Alors comme on est mignons, on lui a refait un petit spectacle avec nos chaussettes. 

 

C’était vraiment pathétique. 

 

Mais comme il aimait bien notre création avec les chaussettes, il nous a proposé de faire tourner notre nouveau spectacle dans les ehpad. 

Alors, j’ai eu envie de mourir. 

De mourir dans un ehpad, c’est la mode en ce moment. 

 

Mais comme c'était pas génial comme idée, de tourner un spectacle de chaussettes dans les ehpad, on a fait le tour des boulots qu’on pourrait faire à la rentrée. 

Nicolas a proposé la cueillette des pommes en septembre, celle du muguet, fin avril, et celle des boules de Noël en décembre. 

 

On s’est dit qu’on allait y réfléchir. 

 

Jérome se demandait s’il devait quand même commencer à préparer les dates de la tournée d’été. 

Nicolas lui dit : 

- Cette tournée, on sait pas si elle va avoir lieu, et on saura pas ... tant qu’on saura pas. 

Autant vous dire qu’on avait zéro info. 

 

Une dizaine de dates de L’Alliance étaient prévues dans différents endroits pour cet été et nous n’avions pas entendu dire pour le moment qu’elles avaient été annulées. 

On n'avait pas non plus confirmation qu'elles allaient vraiment avoir lieu. 

Mon avis personnel était que cette tournée d'été était de plus en plus hypothétique, tout comme le renouvellement de nos intermittences respectives. 

 

Nous nous sommes alors dit que si nous n'avions pas de travail cet été, nous n’allions probablement pas partir en vacances non plus, ni en VVF, ni en camping, ni nulle part et que, quoi qu’il arrive, il faudrait toujours respecter une distance de 1 mètre entre les gens. 

 

For de cette information, Morvan nous a alors dit : 

- Il parait que la chenille va être interdite cette été. 

 

Alors ça, c’était vraiment l’apothéose de l’horreur. 

 

Je vais malheureusement devoir vous laisser sur cette note affreuse car le jour commence à tomber et je me rends compte que je n’ai pas encore fait mon heure de marche autorisée de la journée. 

Je vais donc aller tourner en rond dans mon quartier en ne parlant à personne. 

 

Je vous embrasse et, malgré tout, sachez que voir vos likes, lire vos messages et commentaires, comble quand même un petit peu le grand manque de ne pas pouvoir vous rencontrer dans les salles de concert. 

 

La scène me manque. Vous me manquez. 

 

Liz 

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