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La vie extraordinaire d'une chanteuse normale.

LIZ CHERHAL - LE BLOG

J'ai presque fait un télétravail

J'ai presque fait un télétravail

Ce jour-là, alors que j’étais tranquillement dans mon salon, salon qui était devenu depuis quelques temps, comme beaucoup de salons, une succursale du collège public de mon quartier, alors que j’étais tranquillement dans mon salon, dis-je, à culpabiliser de ne pas du tout parvenir à travailler parce que le confinement me foutait le moral à zéro et avait effacé toute perspective d’un avenir professionnel, mon skype se mit à sonner. 

 

C’était mon manager. 

Il m’appelait. 

Mais pourquoi il m’appelait ? 

D’habitude, il m’appelait soit pour me donner une liste de choses à faire, soit pour vérifier que la précédente liste de choses à faire avait bien été effectuée jusqu’au bout. 

 

Mais, en ce jour précis, nous n’avions absolument aucun dossier à traiter puisque tout ce qui me concernait professionnellement ce mois-ci avait été annulé. Tout ce qui me concernait professionnellement le mois prochain l’avait été également. 

Et depuis peu, même des choses qui me concernaient professionnellement l’année prochaine disparaissaient aussi.

 

Nous étions en chômage technique. 

Nous n’avions donc rien à faire. 

 

Alors pourquoi me skypait-il ? 

Qu’avait-il donc trouvé comme activité à me faire faire ….? 

Quel télé-travail avait-il bien trouvé pour m’occuper ? 

 

Mystère … 

 

Malheureusement, ce jour là, comme la veille et probablement le lendemain, je n’avais pas du tout l’énergie pour télé-travailler. 

 

J’étais beaucoup trop occupée par des angoisses liées à la crise sanitaire actuelle et également trop occupée par la vérification de plusieurs calculs de périmètres de figures géométriques variées. 

 

J’étais dans l’incapacité totale d’avoir une activité en supplément de ces deux activités déjà très prenantes et je me disais que, pour ne pas me retrouver au pied du mur du télé-travail, il serait plus sage de ne pas répondre. 

 

Mais bon, ne pas répondre à un skype de mon manager en plein confinement, c’était impossible. Comment pourrais-je faire croire que j’avais autre chose à faire, ou mieux, comment faire croire que je n’étais pas en ce moment même chez moi. 

 

Il fallait donc que je réponde. 

 

Mais en fait, et en toute honnêteté, répondre, ceci me convenait car l’avantage avec mon manager, c’est qu’en préambule de ses demandes, il se fend toujours de deux ou trois blagues qui me font immanquablement hurler de rire. 

Et, très sincèrement, ce jour là, je ne pouvais pas imaginer louper une occasion de hurler de rire. 

Elles sont si rares ces occasions de nos jours, surtout quand mon coloc manque à l’appel (ce qui n'est pas le cas actuellement, et tant mieux … ). 

 

J’ai donc décroché en sachant très bien qu’une fois les blagues passées, je me retrouverai avec une liste de choses à faire en télé-travail.

Mais j’ai décroché quand même. 

Parce que j’avais envie de rire. 

 

Et ça n’a pas loupé. 

Je ne peux malheureusement pas retranscrire ici la teneur de ses blagues car souvent les traits d’humour, quand ils sont sortis du contexte, peuvent être complètement nuls, voire aberrants, voire choquants, voire vulgaires …. Mais nous y reviendrons. 

 

Toujours est-il qu’une fois la barre de rire passée, ce que je redoutais a commencé. 

 

Il a dit : 

- Bon ! 

 

Et là, je savais que c’était parti pour la liste de tâches. 

 

Il m’a dit : 

- Est ce que tu peux sponsoriser le clip de 28Saphyr histoire de le diffuser un peu plus loin qu’à vos abonnés habituels ....? 

 

J’ai dit : 

- Oui, bien sûr, je fais ça et ? 

 

Il m’a dit : 

- Bah, et c’est tout. 

 

Oh purée, c’était le seul truc que j’avais à faire ... parce qu’en fait, c’était le seul truc que je pouvais faire en cette période ou rien n’était possible pour nous. 

 

Il ne pouvait donc pas m’en demander plus. 

 

Et sa demande, en ce jour précis, était vraiment une micro-demande qui allait me prendre environ quatre minutes.

Je pourrai, une fois le boulot terminé, retourner tranquillement à ma crise d’angoisse et aux calculs de périmètres qui, entre-temps, étaient devenus une étude d’un tableau de Van Gogh. 

 

C’était tout ce qu’il me demandait de faire.

Et ça ne le rendait pas très joyeux de n’avoir que ça à me demander.

 

Mon manager était vraiment très inquiet de la situation et ne voyait pas comment nous allions nous en sortir, professionnellement et financièrement parlant, une fois le confinement passé. 

Je ne voyais pas non plus. 

Mais je n’avais pas le temps de me pencher sur cette question vu que j’avais un truc à faire. 

Mon seul et malheureux télé-travail de la journée qui, non content de ne rien nous rapporter, allait en plus nous coûter de l’argent. 

Mais bon, ceci est un tout autre problème. 

 

Je suis donc allée sur la plateforme du réseau social munie de la carte bancaire de 28Saphyr pour faire cette petite manipulation d’achat de visibilité pour notre clip « Trop confinés pour b**ser ». 

Tout se passait extrêmement bien jusqu’à ce que je reçoive une alerte de la dite plateforme, alerte qui était précédée d’un panneau triangulaire avec un point d’exclamation. 

Direct, je me suis demandée quel était le périmètre de ce triangle mais ce n’était vraiment pas le sujet. 

 

Dans son message, la plateforme me disait qu’il n’était pas possible d’acheter de la visibilité pour ce clip. 

Allons bon, ça c’était fâcheux. 

 

Je n’avais que ça comme tâche à faire aujourd’hui. 

Si je ne réussissais pas, j’aurais vraiment une piteuse image de moi-même. 

Je veux dire encore plus piteuse que celle que j’ai en général. 

 

Je regardais donc un peu plus attentivement le message de la plateforme pour comprendre pourquoi l’achat de visibilité m’avait été aujourd’hui refusé. 

 

Et là, je suis tombée de ma chaise. 

 

La plateforme ne voulait pas élargir la diffusion de « Trop confinés pour b**ser » pour la bonne raison que ce clip utilisait des propos (je cite la plateforme) « implicites, injurieux, insultants ou vulgaires comme par exemple merde, cul ou putain ». 

 

Alors ça par exemple ! 

C’était ça la raison de leur refus. 

 

Et en fait, elle avait raison cette plateforme. Je disais cul et putain dans cette chanson. 

Juste une fois chacun, mais bon ... 

L’algorithme l’avait repéré. 

Je ne sais pas comment, mais il l’avait repéré et ça, c’était vraiment incroyable. 

 

C’était incroyable et flippant à la fois. 

 

Je me suis alors dit que j’avais peut-être joué de malchance, que ce refus était lié à un petit problème d’algorithme, parce que, très sincèrement, je suis loin d’être ce qu’on peut considérer comme une chanteuse vulgaire. Probablement qu'en refaisant ma manipulation une deuxième fois, ça se passerait mieux et j’obtiendrai l’autorisation de diffuser largement ce clip qui était quand même d’un haut niveau créatif et intellectuel.

Et le tout à distance. 

 

J’ai donc tout recommencé à zéro. 

Et là … 

Pareil. 

 

Impossible 

C’était vraiment fâcheux. 

 

Mais l’évidence était là, notre clip était trop vulgaire et ne respectait pas la chatte, pardon, la charte de la plateforme. 

 

Mais voilà la réalité des choses : tu m’enfermes 1 semaine (oui, parce que ce clip, on l’a fait au bout d’une semaine d’enfermement seulement …), je disais, tu m’enfermes une semaine et je perds directement le sens des réalités au sujet de ce qui est vulgaire et de ce qui ne l’est pas. 

 

De "chanteuse à textes intimistes et poétiques" je passe à "chanteuse à textes vulgaires et non sponsorisables par la plateforme". 

 

J’ai tellement honte. 

Honte de moi-même. 

Et putain, ça fait chier, bordel de merde. 

Liz. 

 

Ps : si, toi aussi, tu as perdu le sens des réalités en ce qui concerne la vulgarité, tu peux regarder le lien collé ci-après

 

 

Ps2 : Si tu es resté normal, ne le regarde pas car je vais baisser, j’ai bien dis baisser, dans ton estime. 

 


 

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