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La vie extraordinaire d'une chanteuse normale.

LIZ CHERHAL - LE BLOG

J'ai bu une bière par skype.

J'ai bu une bière par skype.

Ce soir-là, je me préparais pour ma désormais quotidienne « bière-skype ».

 

Depuis le début du confinement, nous avions pris l’habitude avec Morvan, sans vraiment le verbaliser, de nous retrouver tous les soirs sur skype aux alentours de 19h-20h pour boire une bière, manger des cacahuètes et se bercer d’illusion que nous étions un peu ensemble. 

Cela faisait plusieurs jours maintenant que nous étions chacun dans notre domicile, à une trentaine de kilomètres de distance et ce moment du soir était devenu notre rituel. 

 

Nous n’étions pas les seuls à avoir instauré ce moment. 

Ce moment « bière-skype » qui était le nôtre,  s’appelait, chez d’autres, « apéro-skype », ou mojito-facetime, selon l’application et la boisson qui étaient choisies. 

Chez nous la boisson c’était la bière et l’application c’était skype. 

C’était donc la bière-skype. 

 

Ce soir-là donc, quand nos skypes s’ouvrirent, je hurlai de joie face à ma webcam, et je dis à Morvan : 

- ça y est !!!! J’ai un coloc !!!!! 

 

En effet, mon fils était rentré le matin même d’une villégiature chez son paternel et, franchement, depuis son retour le confinement était devenu nettement plus rigolo. 

Et les bières-skypes allaient désormais se faire à trois. 

 

Nous commençâmes, comme d’habitude, par nous raconter nos journées. 

 

Morvan me raconta qu’il était enfin allé faire des courses. Il avait dévalisé un Picard complètement désert. 

Il n’avait rencontré personne et avait désormais de quoi manger du surgelé pendant une bonne semaine. 

Je lui fis remarquer qu’il serait également bon qu’il mange des produits frais, enfin, des produits moins frais que les surgelés mais frais quand même, genre des légumes frais et des fruits frais. 

Je lui dis : 

- Si tu ne manges que des surgelés tu vas attraper le scorbut et ce n’est pas ton but d’avoir le scorbut, non ?

 

Il me dit que non, ce n’était pas son but. 

Mais que, de toute façon, il ne mangeait jamais de fruits. Et que confinement ou pas confinement, il n’allait pas déroger à son habitude. 

 

Mon coloc, qui était physiquement dans la même pièce que moi, me demanda alors ce qu’était le scorbut. 

Je lui répondis donc. 

Ce moment d’échange me donna l’illusion d’être en train de lui donner en même temps un cours de médecine et un cours d’histoire. 

Mais je pense qu’en réalité j’étais bien loin du compte. 

 

Morvan me raconta également qu’aujourd’hui il avait commencé à dessiner pour un nouveau clip en animation que le chanteur Kikobert lui avait commandé. 

La commande de ce clip était tombée à point nommé et allait sûrement l’occuper des jours et des jours durant. 

Et ça c’était une très bonne nouvelle pour lui.

 

De mon côté, je lui racontai également ma journée et je lui fis pars de mon nouveau but, à savoir atteindre d’ici quelques temps l’autosuffisance alimentaire grâce à la culture hors sol de légumes sur mon balcon. 

 

Pour ça j’avais planté des graines dans différents pots. 

 

Et comme je n’avais pas beaucoup de pots à cause de ma nouvelle lubie pour le minimalisme, j’avais dû, après avoir utilisé la totalité des pots à ma disposition, en fabriquer d’autres avec différents matériaux piochés dans ma poubelle. 

J’avais même fabriqué une jardinière à l’aide d’une boîte à chaussures, de cire d’abeille et de résidus de sacs plastiques. 

Ce n’était pas très beau, mais ce n’était pas très grave. 

(D’ailleurs, si cette construction vous intéresse, dites-le moi, et je pourrais vous faire un petit tuto vidéo pour vous montrer comment j’ai fait, car, figurez-vous, que j’ai un peu de temps devant moi sur mon balcon …). 

 

Ma nouvelle activité était vraiment géniale et m’avait occupée toute la journée pendant que mon coloc téléchargeait son travail sur e-lyco. 

 

E-lyco et l’auto-suffisance alimentaire, c’était ça la solution au confinement. 

 

Morvan brisa net mon enthousiasme sur ma nouvelle activité en me disant que jamais je n’arriverai à être auto-suffisante. 

Je lui demandai alors pourquoi. 

Il me dit que je ne serai jamais auto-suffisante car je ne réussirai jamais à faire pousser des cacahuètes sur mon balcon. 

 

Il avait raison. Il avait brisé mon rêve mais il avait raison. 

Et, comme d’habitude, ça m’énervait qu’il ait raison. 

Alors je changeai de sujet. 

 

Je lui fis alors part d’un article que j’avais lu et qui listait les applications et services utiles qui étaient devenus gratuits pour nous occuper pendant le confinement. 

Etaient désormais accessibles gratuitement : 

 

- Bayam

- Petit Bambou

 - Pornhub

 

Mon annonce ne lui fit ni chaud ni froid. Visiblement, il n’utilisait ni Petit Bambou ni Bayam et m’informa alors que, lui, il n’avait jamais déboursé un centime pour jouir de Pornhub.

Il était beaucoup plus débrouillard que moi sur internet.

 

Je l’informai également que Canal +  allait être gratuit.

 

A ce moment précis, mon coloc, toujours dans la même pièce que moi hurla dans mes oreilles : 

- Quoi ? Canal plus est gratuit ?? Mais faut qu’on s’abonne alors !!! 

 

Mon coloc est vraiment mignon. 

 

Je lui dis que non, justement, on n’allait pas s’abonner puisque c’était gratuit. 

Après une demie seconde d’interrogation, je vis son regard s’éclairer et je compris qu’il m’avait comprise. 

 

Nous conclûmes cette conversation en essayant de voir le côté positif du confinement. En effet, être cloitrés chez nous allait sûrement nous faire consommer moins et, de fait, nous allions économiser de l’argent que nous ne manquerons pas de dépenser une fois la période passée. 

 

Mais en y réfléchissant bien et en repassant ma journée à l’envers je me rendis compte qu’aujourd’hui, précisément, je n’avais pas vraiment fait d’économie. 

Et cet état de fait était sans doute étroitement lié au fait que mon coloc était rentré le matin même. 

 

En effet, il était arrivé à l’appartement vers 10h30, et à 12h j’avais déjà dépensé 60 euros sur le site Nintendo-Shop. 

Ça commençait très fort quand on sait que 60 euros, c’est 17,03 euros de plus que mon indemnité journalière actuelle. 

 

Il ne fallait pas que ceci dure trop longtemps. 

 

Morvan me demanda alors quel était le programme de notre soirée. 

 

Je lui répondis que nous avions décidé collégialement de regarder le Morning Night sur M6. 

 

Il m’a demandé ce que c’était. 

Je lui ai donc expliqué brièvement et je lui dis que je ne manquerai pas de lui raconter cette émission lors de notre bière-skype du lendemain. 

Il me répondit que, vu le contenu potentiel de la dite émission, non ce n’était pas la peine que je lui raconte. 

Je lui dis que si, c’était la peine et que je lui raconterai le lendemain . 

Il me dit : non, vraiment. 

Je lui ai dit si, je te raconterai. 

Je lui ai également dit que j’allais passer la soirée à regarder ce truc avec mon coloc et que potentiellement demain, j’aurais besoin d’en parler. 

 

On s’est salués avec tout l’amour qu’il est possible de se donner grâce à skype et on a raccroché. 

 

Dans mon salon, il y avait moi, mon coloc, quelques plantations dans des pots de yaourts et le Morning Night à la télé. 

 

Contre toute attente, on s’est tapé quelques barres de rire en regardant cette émission. 

Mais c’est peut être lié au confinement. 

Cette première soirée avec mon coloc fut beaucoup plus drôle que mes soirées précédentes, quand je regardais seule les infos en angoissant.

 

Un jour, je n’aurai plus de bières pour le bière-skype et je ne sais pas si j’aurai le cran d’aller à Intermarché en acheter en disant : « Mais si, c’est un produit de première nécessité ». 

 

On verra bien ce que nous réserve l’avenir. 

 

D’ici à ce que l’avenir arrive, je vous embrasse, et malgré mon perpétuel ton léger, sachez que, sur mon balcon, avec mes pots moches et mon coloc, moi aussi je suis enfermée et j’ai peur. 

 

A très bientôt, 

 

Liz

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