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La vie extraordinaire d'une chanteuse normale.

LIZ CHERHAL - LE BLOG

Je suis devenue productrice de concert

Crédit Photo : Lionel Bézier (qui était là et qui visiblement n'était pas occupé)

Crédit Photo : Lionel Bézier (qui était là et qui visiblement n'était pas occupé)

Comme certains d’entre vous le savent, puisqu’ils étaient présents sur le dance-floor et en sueur ce soir-là, nous avons joué 28Saphyr le mois dernier à Montreuil, précisément au Théâtre Thénardier. 

Et ce concert restera à tout jamais gravé dans nos mémoires puisque que, cette nuit là, pour la première fois dans l’histoire de notre couple, je me suis couchée après Morvan. 

Je ne pensais pas que ça arriverait un jour, ou plutôt un matin … 

 

Bref, ce soir là, avec Morvan, nous adorâmes tellement l’endroit et les gens qui le font vivre, qu’à l’issue du concert, je n’avais qu’une idée en tête : trouver le moyen d’y revenir. 

 

Pour y revenir, il y avait deux possibilités. 

La première : y revenir pour voir un concert un soir prochain.  

Pourquoi pas, mais bon, vivant à Nantes, le fait d’aller à Montreuil juste pour voir un concert, d’un point de vue empreinte carbone, c’était vraiment nul à chier. 

 

Des trucs nuls à chier, j’en fais très régulièrement dans différentes sphères de ma vie, mais, aller à Paris juste pour un concert, fallait quand même pas pousser. … 

En plus, je l’avais déjà fait cette année (cf: http://lizcherhal.over-blog.com/2019/04/nous-irons-voir-les-the-raconteurs.html ) 

Je ne pouvais donc pas recommencer une telle énormité. 

 

La deuxième possibilité pour revenir au Thénardier, c’était de trouver le moyen de revenir y faire un concert. 

 

Mais qu’est ce que je pouvais bien trouver comme concert pour revenir jouer au Théâtre Thénardier ??? 

 

Je me suis creusée la tête pendant au moins 20 secondes et, grâce à une discussion avec une de nos accueillante, Mélanie, j’ai trouvé ! 

C’est L’Alliance que j’allais amener au Théâtre Thénardier. 

 

Oui, c’est L’Alliance qui allait venir à Montreuil. 

 

Et ceci, par la porte ou par la fenêtre ! 

 

Enfin, plutôt par la porte, ce serait plus pratique. 

Car en plus, dans mon souvenir, il n’y a pas de fenêtre au Théâtre Thénardier.

 

Et, amener l’Alliance dans cette salle, c’était la bonne idée ! 

Mais, attention, une idée pas hyper simple à réaliser. 

 

En effet, cette salle n’a pas la possibilité d’acheter les concerts qui viennent chez elle (contrairement à toutes les autres salles dans lesquelles on joue) … 

Elle accueille admirablement bien mais, pour aller jouer là bas, il faut « produire » les dates … 

Ah … "produire" … 

Maman, produire un concert c’est, en gros : prendre en charge la totalité des frais inhérents à la venue du concert dans la dite salle, à savoir : les salaires, les frais de péage et d’essence, la location du camion, la location de micros et autre matériel de son et de lumière, l’éventuelle location de la salle, la promo, les hébergements pour l’équipe, la bouffe sur place, la sacem …) et une fois que tu as payé tout ça, tu récupères la recette de la billetterie ou une partie de cette recette. 

En gros, c’est ça "produire" …

Des fois, le budget s’équilibre et tu es content, et des fois non, et là, c’est la mauvaise ambiance … 

 

Bon, n’ayant pas les deux pieds dans les mêmes Vans, sauf des fois, ce qui m’amène régulièrement à tomber par terre, je me suis dit que j’étais certainement capable de produire une date de l’Alliance. 

Gérard Drouot le fait régulièrement, produire des dates, pour Deep Purple ou Suzanne Vega, je ne vois pas pourquoi je ne serais pas capapble de le faire personnellement pour moi-même. 

 

Et puis, les challenges, ça me connaissait. 

Par exemple, cette année j’avais accompli un exploit. 

Cette année j’avais réussi à acheter un appartement tout à fait convenable alors que je suis tout bonnement une mère-célibataire-intermittente du spectacle. 

Et avec une étiquette pareille, je vous jure que, devant des banquiers, on ne part pas gagnante … 

 

Toujours est-il que comme j’avais réussi ce qu’on peut considérer comme un exploit immobilier, je pouvais donc imaginer être capable de réussir un exploit professionnel la même année.  

 

Je disposais d’un pécule non négligeable engrangé grâce aux bonnes ventes de mon album ayant le même nom que le spectacle dont je vous parle ici et, plutôt que de voir cet argent dormir sur un compte bancaire, ne fallait-il mieux pas le ré-injecter dans le système financier, et surtout le ré-injecter dans NOTRE PROJET (pardon encore pour cette citation, je n’arrive pas à tourner la page, c’est trop tôt) ? 

 

J’ai donc appelé par skype mon manager Nicolas pour lui faire part de mon idée. 

Il m’a écouté très attentivement. 

Contrairement à ce que j’avais fait moi, à savoir foncer tête baissée en trouvant que cette idée est absolument géniale, lui il a pris le temps et m’a dit : 

- Il faut bien y réfléchir. 

Y réfléchir, ah … bah ça c’était la meilleure de l’année 2019.  

Il fallait réfléchir maintenant. 

 

Moi je suis impulsive, je fais les choses. 

Une fois qu’elles sont faites, je constate ce qu’il s’est passé et ensuite j’en tire des conclusions.  

Lui c’est différent, il est mesuré, il réfléchit aux choses, pèse le pour et le contre, les organise sur le papier et une fois qu’il est persuadé du bien fondé de la dite chose, il s’organise pour la réaliser de la meilleure manière possible avec l’équipe la plus adéquate. 

C’est une autre manière de faire. 

Est ce mieux, est ce moins bien ? On ne sait pas. 

De toute façon, on n’est pas là pour dire qui a la meilleure manière de faire. Non. On n’est vraiment pas là pour ça. 

 

On est là pour produire une date. 

 

Bref, lui, il réfléchissait. 

Moi je voulais qu’on fonce. 

 

Je lui disais :

- Allez, on produit une date, ça va être marrant. Je te jure que ça va être marrant ! 

 

Lui, il voulait vraiment qu’on prenne le temps et qu’on y réfléchisse sérieusement avant de lancer la machine. 

Mais le problème avec sa réflexion sur le fait de produire ou pas une date Alliance nous même, c'est que ça se traduisait dans la réalité par une liste d’arguments qui allait à l’encontre de ce projet. 

 

Et ce n’était pas du tout ce que je voulais entendre ! 

 

Il me dit alors les choses suivantes : remplir une salle à Paris c’est compliqué, ça va coûter cher, on a suffisamment de boulot comme ça, il vaut peut être mieux garder cet argent pour enregistrer ton prochain album …  

 

Les freins qu’il mettait m’agaçaient beaucoup même si, dans le fond, je savais qu’il avait raison sur tous les points. 

 

Mais, un à un, je me suis évertuée à démolir ses arguments :

 

Premier argument : remplir une salle à Paris c’est compliqué. 

 

Oui bien sûr, il avait parfaitement raison. 

J’avais déjà joué à Paris devant des salles pleines mais également et plus souvent qu’à mon tour devant des salles à moitié pleines ce qui faisait qu’elle étaient également à moitié vides. 

C’est un fait et nous ne sommes pas là pour faire l’autruche. 

Mais là, curieusement, j’étais assez confiante, je partais du principe que mon public parisien et assimilé ne manquerait pas de me montrer tout son amour et soutien inconditionnel en étant présent en masse à ce concert exceptionnel… (enfin, je l’espérais vivement …) 

 

Deuxième argument : produire une date, ça va coûter cher.

 

Oui bien sûr, produire une date, ça coûte cher, on le sait, mais, imaginons que mon public parisien et assimilé ait compris l’enjeu personnel de cette date et que la salle soit archie-pleine, alors là nous toucherions du bout des doigts un équilibre budgétaire quasi-parfait. 

 

Troisième argument : on a suffisamment de boulot comme ça. 

En effet, on avait déjà pas mal de boulot avec le développement de 28Saphyr qui commençait à prendre pas mal d’ampleur mais je lui fis remarquer que depuis que j’avais arrêté la pilule, il y a deux ans, je n’avais plus jamais connu d’épisode dépressif comme j’en connaissais régulièrement auparavant. 

Des épisodes douloureux qui me contraignaient à des jours et des jours d’ITT (incapacité totale de travailler) parfois pendant plusieurs semaines consécutives. Surtout entre Octobre et Mars. Ce qui est une très longue période. 

Non, ces périodes d’alitement forcé n’existaient plus dans ma vie depuis que j’avais arrêté cette drogue dure (j’en parle d’ailleurs dans 28Saphyr …). 

J’étais donc désormais tout à fait apte à engranger de grandes quantités de boulot. Et ceci même en hiver ! L’ampleur de la tâche ne me faisait donc absolument pas peur. 

 

Quatrième argument : il vaut mieux garder cet argent pour ton prochain album.

Oui bien sur, s’il y a un prochain album … 

Mais qui sait si je ferai un jour un prochain album ? 

Si ça se trouve, dans deux ans, comme une femme sur dix, je vais déclarer un cancer du sein et ça va tellement bouleverser ma vie que  je n’aurai pas du tout envie d’aller faire « lalala » dans un studio hors de prix dans le but de faire un nouvel album. 

J’aurai juste envie de rester en vie et qu’on me foute la paix. 

Donc autant dépenser de l’argent maintenant dans un concert immédiat tant que je pète le feu plutôt que de le garder pour un éventuel album que je ne ferai peut être jamais pour cause de décès. 

Bon, avec cet argument, je reconnais que je suis allée un peu loin, mais, sincèrement, je n’ai jamais cherché à faire croire à quiconque, ni à king-kong d’ailleurs, que j’étais quelqu’un de modérée. 

 

Avec tous ces arguments, je sentais qu’il commençait à flancher.

 

Il ne manquait plus grand chose pour qu’il penche totalement de mon côté et me dise : « Banco, je t’aide à le faire, on se la fait cette date à Montreuil ! »

Alors, à bout d’idées, je lui ai sorti mon argument imparable, mon argument qui avait déjà fait ses preuves en septembre dernier lorsque j’ai eu envie de partir avec Morvan pour faire des concerts chez des gens à des prix défiants toute concurrence. (

Cf épisode : http://lizcherhal.over-blog.com/2019/10/nous-avons-fait-le-plein-des-sens.htmlà)

J’avais eu besoin de son aval pour mener ce projet à bien et cet argument m’avait permis de l’obtenir. 

 

Je lui ai donc balancé en pleine face ce dernier argument, l’argument en or : 

- Et sinon tu préfères quoi ? Que j’aille jouer l’Alliance à Montreuil ou je reste à picoler avec Morvan dans les bars nantais ? 

 

Et là, j’ai vu dans ses yeux que j’avais gagné ! 

 

Il m’a dit :

- Banco! Mardi 11 Février 2020, tu joueras l’Alliance à Montreuil. 

 

J’ai fait un mail à mon équipe pour leur demander s’ils étaient partants. 

Ils m’ont tous répondu : OK ! 

Tous sauf Morvan qui ne prend plus la peine de répondre à mes mails de travail puisque, me dit-il, je suis en droit de considérer tacitement qu’il est toujours en adéquation avec ce que je propose, professionnellement parlant. 

 

Nous étions donc tous d’accord. 

Ma première production démarrait donc très bien ! 

 

Il fallait maintenant se mettre au boulot. 

 

On a commencé par établir un budget, et contrairement à ce que je pensais, ce n’était pas du tout marrant. 

On a fait un tableau avec les dépenses et les recettes, et ça ne s’équilibrait pas du tout … 

 

Ah … ça c’était fâcheux ! 

 

Il fallait donc limiter les dépenses tout en augmentant les recettes. 

Quel casse-tête ! 

 

Pour ce qui est de limiter les dépenses, les Thénardiers qui en fait portent très mal leur nom puisqu’ils sont d’une gentillesse sans bornes, nous ont clairement prêté main forte en nous proposant de prendre en charge plusieurs postes de dépenses … et on les en remercie très chaleureusement ! 

 

Et pour ce qui est d’augmenter les recettes, bah là, il n’y avait pas 36 solutions. 

Soit on mettait des places hyper chères, soit on faisait un tarif normal et on se débrouillait pour que la salle soit pleine, pleine et archi pleine. 

 

Vous me connaissez, des places hors de prix, ça ne me ressemblerait guère … 

Il faudrait donc qu’on remplisse la salle à ras bord. 

Ras la gueule ! 

 

Et puis en plus de ça, je n’ai pas vraiment aidé notre équilibre budgétaire car je tenais absolument à ce qu’il y ait un tarif Enfant/RSA/demandeur d’emploi à moindre coût. 

 

Il faudrait donc être d’autant plus ras la gueule, même si cette expression n’est pas très belle à lire. 

 

On s’est donc mis d’accord avec Nicolas pour deux tarifs : 8 et 12 euros. 

Ça me paraissait cohérent voire intelligent. 

 

Nous avons ensuite établi avec Nicolas la liste des choses à faire tant sur le point technique que promotionnel et qu’organisationnel. 

Ça faisait beaucoup de choses mais, comme stipulé plus haut, je ne perds désormais plus mon temps à être en dépression. 

Je pourrai donc m’occuper de beaucoup de points de cette to-do list. 

 

Maintenant, je ne vous cache pas que je vais avoir besoin de vous pour que ma toute première expérience en tant que productrice de concert soit un immense succès. 

Puisque vous allez me remplir cette salle, j’en suis sûre !!!! 

Enfin, quasi-sûre !!!!! 

Ainsi je pourrai dire fièrement à Nico : Tu vois, on a eu raison !! Mon public nous a suivis ! On a bien fait de la produire cette date. 

 

Voilà, je vous laisse réfléchir à tout ça, et je ne manquerai pas de vous tenir informés de l’avancée de ce projet qui est NOTRE PROJET !!!

 

Je vous laisse ici, car j’ai pour mission aujourd’hui de créer une billetterie sur internet pour ce concert qui aura lieu le mardi 11 Février prochain à Montreuil. 

Je n’ai jamais fait ça, créer une billetterie, mais ça ne doit pas être bien sorcier. 

 

Je vous embrasse, Nicolas aussi, Morvan non, il n’est pas dispo, il est en train d’envoyer à l’imprimeur notre toute nouvelle affiche de L’Alliance, car à concert exceptionnel, affiche exceptionnelle !!! 

 

Liz, chanteuse et nouvellement productrice de concert. 

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